Comment aimer une africaine sans se ruiner ?
En Afrique, on peut traîner de bar en bar sans un sou et boire jusqu’à en perdre la raison. A la fin du mois par exemple, il y en a que l’argent rend littéralement bêtes, ils sont comme frappés d’une folie dépensière et offrent à boire aux passants, comme s’ils étaient ou trop riches ou trop généreux ! Par contre, il est impossible de passer d’un sandwich à un autre sandwich. Même en médisant du village tout entier, vous ne verrez plus personne vous offrir à manger. Pourquoi donnerait-on du pain à un gars… ? On ne se fait pas de nouveaux amis avec du pain ! Si la farine cuite soulage la crampe d’estomac, elle n’exalte pas la conversation comme l’orge torréfié. Or celui qui régale veut rigoler, être écouté, être accompagné, en somme noyer ses soucis, et non pas allonger sa propre bile des fastidieux borborygmes d’un affamé anonyme.
Cela dit, en matière amoureuse, boisson plus sandwich ne servent à rien si l’ « argent de taxi » ne vaut pas au moins le prix de la course… Il faut donc veiller à prévoir FCFA 2.000 lors d’un rendez-vous galant. Quand bien même vous la déposeriez chez elle avec votre auto, gardez à l’esprit que votre nouvelle amie a dû emprunter un taxi pour se rendre au lieu du rencard ! Autrement, la belle vous demandera carrément, sur le ton de l’invective, si vous pensez qu’elle ne mange pas chez elle, s’il vous a semblé qu’elle s’est déplacée pour votre « jus », si elle est « à une plaquette de chocolat près », si vous l’avez bien regardée, si vous vous croyez trop beau… ! Et au cas où vous la mettriez dans un taxi, en exigeant du chauffeur qu’il vous rende huit mille francs de différence sur la grosse coupure que vous lui tendez (FCFA 10.000), elle signera, par une réflexion amère, ce qui sera sans doute votre dernière rencontre : « Ya ! J’espère que tu vas acheter des hectares de terrain avec cette ’’différence’’ ! On va pas aimer les femmes, si on n’en a pas les moyens, yeu ! » Enfin, ne perdez pas votre temps à rappeler pour savoir si elle est bien arrivée, vous n’entendrez qu’une fois le bruit de la sonnerie à laquelle succèdera brusquement un message vous annonçant que l’abonnée n’est pas disponible : vous n’avez pas su être convaincant !
Il faut préciser que le commerce amoureux n’a pas toujours été aussi difficile. Naguère, dans ce continent qui, depuis le quaternaire, a inventé l’homme, il suffisait d’aussi peu que d’un doigt de banane, de quatre beignets (« atchomo ») et d’un bol de bouillie pour ravir à la plus belle fille de la commune un « grand merci ». Un dicton camerounais énonce que celui qui dit merci demande encore, allez donc savoir ce que veut dire celle qui vous adresse un grand merci énamouré, un sourire large de gratitude et des regards pétillants de rassasiement. Depuis l’apparition du smartphone made in Dubai et de Canalsat à FCFA 5.000/mois, les yeux de nos filles ont été dessillés. En dépit de la fixité du franc CFA sur le marché des devises, sa valeur sur le marché sentimental a connu un bond qui donnerait le tournis à n’importe quelle Blanka Vladic.
Désormais, seuls les arguments sonnants et trébuchants ont cours légal. Ils sont bien loin, les souvenirs de nos premières amours, au lycée. Elles venaient s’emmurer amoureusement dans notre chambre, parler pour ainsi dire à gorge déployée, faire des gorges chaudes des méthodes de tel enseignant, s’assécher le palais à susurrer « je t’aime » pour, au bout du compte, quand la tendre demandait une boisson amplement méritée, se faire apporter un verre d’eau fraîche, qu’elle avalait en glougloutant d’un plaisir toujours renouvelé par la formule « encore ». C’est tout juste si elle ne disait pas « bisser ! ». Avec deux verres d’ « eau glacée », nombre d’histoires d’amour ont tenu, contre vents et marées. En ces temps-là, l’amour était rafraîchissant. C’était l’âge d’or de l’expression vivre d’amour et d’eau fraîche !
Manuel du dragueur : leçon inaugurale
De nos jours les choses sont moins simples. Nos femmes n’aiment rien tant que le froufrou des billets de banque, l’odeur de l’argent frais. Voici une petite illustration historiée de ce qui vous attend. Dans la langue employée, les adverbes « même » et « déjà » servent à marquer respectivement l’agacement et l’étonnement. Alors, vous avez rencardé votre nouvelle petite amie.
Elle arrive avec deux heures de retard et s’étonne sincèrement : « - Tu es déjà là ? » Vous voulez lui dire non, ce n’est qu’un fantôme, mais vous n’êtes pas sûr qu’elle comprenne. Vous vous enquérez : « -Tu aurais pu appeler pour me prévenir de ton retard, non ?
ça n’aurait plus été un retard si je t’avais prévenu ; le droit au retard est un droit fondamental de la femme, consacré par nos coutumes. D’ailleurs, le crédit-là se ramasse par terre ? Déjà que ce matin, tu m’as coupé mon bipage.
Et les call-boxes, c’est pour les chiens ?
Tout ça avec les petits FCFA 5000 d’hier ? Pardon, il faut m’acheter l’avion, je ne serai plus en retard. Le call-box, le call-box… J’étais pressée, toi aussi ! (Qu’aurait-ce été si elle n’avait pas été « pressée » ?!)
Je vois ça. Et pourquoi as-tu éteint ton téléphone ?
Pff ! Achète-moi un smartphone si tu veux plus que mon vieux parpaing-ci soit éteint. C’est même quoi cet interrogatoire ? Je suis au tribunal ? Je vais rentrer, si ça continue comme ça. Tu me poses mille questions, mais aucune ne me demande comment je vais. Alors qu’il y a même ma nièce qui est malade. Je ne vais pas durer ici… »
Si elle vous querelle au lieu de se faire pardonner, c’est officiel, elle est abonnée à Canalsat et n’a jamais manqué un épisode de Secret Story. Si à peine arrivée, elle veut rentrer chez elle, vous comprendrez aisément qu’elle est venue uniquement pour se faire rembourser son « argent de taxi ». En plus, elle a accentué le caractère urgent de votre obligation par l’évocation d’une maladie imaginaire d’une nièce que vous ne connaissez ni d’Ève ni d’Adam. Quant à son penchant au retard, c’est pathologique, c’est culturel ! Elle se prend pour une bouteille de vin qui prendrait de la valeur au fur et à mesure du temps qui passe. Elle fait la difficile alors qu’elle est conquise depuis le premier instant, voudrait s’entendre dire « je t’aime » alors qu’elle est la première à n’avoir pas besoin d’amour.
Au Cameroun par exemple, l’idée est sans doute que si l’on vous a fixé un rendez-vous, vous êtes par-là même la propriété de celui ou celle qui a accordé ce rendez-vous, votre temps se confond au sien, on peut vous faire mariner dans votre jus à discrétion. Pas étonnant que nous ne soyons à aucun grand rendez-vous de l’histoire, on pense régulièrement que « rien ne presse », pas même le développement, et que, comme aime à ironiser un prêtre que je ne vais pas nommer, qui sait sûrement de quoi il parle, « même le bon Dieu peut attendre ! Cinq minutes de retard au culte du dimanche ne vous feront pas manquer le train pour le paradis. » Bref, si le temps, c’est vraiment de l’argent, apprêtez-vous à être ruiné ! L’amour, sous les tropiques, est un luxe que ne peuvent se payer toutes les bourses ; si vous êtes trop près de vos sous, faites sur-le-champ une croix sur votre Africaine.
Autrefois, les parents prenaient plaisir à rappeler à leurs filles qu’ils étaient là pour eux : « ma fille, qu’un garçon ne te raconte pas d’histoires, il n’y a rien qu’il pourra t’offrir que je ne te donnerais pas moi-même ». Bien d’enfants ont grandi avec cette fierté-là. Aujourd’hui, si d’aventure vous rappelez à votre amie, qui vit encore chez sa mère et vous exige l’argent de sa crème corporelle, qu’elle ne frappe pas à la bonne porte, ou que son propre père est encore vivant, et qu’en conséquence c’est lui qui répond d’elle, elle vous rétorquera non sans pertinence que ça n’est pas son père qui lui roule des pelles à tout bout de champ et la lutine six jours sur sept. Ne vous avisez pas de lui conseiller de se trouver un job, elle pensera que vous l’envoyez se prostituer. Et elle pourrait bien ne pas vous en vouloir et se résoudre à cette excellente suggestion. Car elle n’y perdrait pas au change.
En fait, l’équation est assez simple : soit vous casquez, soit vous vous cassez ! L’amour, pff… ! Ça ne nourrit pas son homme (a fortiori sa femme)… ça vient en son temps… par-dessus le marché… après la satisfaction des besoins alimentaires, élémentaires, primaires comme…euh ! le Iphone4… L’amour 4G, d’accord, mais encore après la diffusion de la dernière série sud-américaine à la mode : La fille du jardinier. Pas question d’en manquer un épisode ni sa rediffusion. Peut-on être à la fois si matérielle et si fleur bleue ? Oui, toutes les séries d’amour qui font fureur parlent de filles que l’amour fait grimper dans l’échelle sociale. L’amour est une ambition comme une autre. L’amour en Afrique… bien sûr ! Mais enfin… après l’atteinte des rêves de prestige, après une saignée sauvage de votre carte de crédit. En somme, faudrait-il, pour n’être jamais ruiné, n’aimer jamais une Africaine ? A chacun sa petite histoire après tout. Douce Afrique ♪, chère patrie de mon enfance ♫…
Eric ESSONO TSIMI in L’Autre Afrique
A la découverte du Béninois
Préjugé ou abus de langage ? On dit que le Béninois est individualiste. Tout pour lui. Rien pour les autres. Et parce qu’il serait bouffi d’égoïsme, il n’aime s’associer à personne. Il préfère jouer en solo. C’est pourquoi, dit-on encore, quand le Béninois est près du but et qu’il est en passe de marquer le but, il pourrait, contre toute attente, botter en touche.
Voilà un procès fait au Béninois et qui le cloue au pilori. Beaucoup de Béninois donnent le sentiment d’en assumer le verdict. Comme s’ils se résolvaient, en manière d’autocritique, à accepter ce qui leur est reproché.
Nous ne sommes pas prêts, quant à nous, à suivre ces Béninois. La réalité est plus complexe. Il faut s’interdire de la simplifier. L’observation de notre société, dans son fonctionnement, nous oriente vers le rejet de ce supposé individualisme du Béninois. Les Béninois savent s’associer. Les Béninois réalisent, ensemble, de grandes et belles choses.
Les Béninois sont par exemple très famille, si l’on peut dire. En ce que les choses qui touchent à leur communauté de base ne les laissent presque jamais indifférents. Ils s’investiront sans compter dans les baptêmes, dans les mariages et dans les funérailles, avec force uniformes. Ce sont de grands moments qui rassemblent les membres d’une communauté. Lesquels, par l’affirmation d’un fort sentiment d’appartenance, communient à des valeurs partagées.
C’est cet esprit famille qui se poursuit avec de grandes célébrations comme le Nonvitcha, le rassemblement des Mahis de Savalou, le Gani à Nikki ou « la Pâque ouidanienne » ?
Sur un autre plan, que de découvertes faisons-nous quand nous abandonnons les sphères officielles sur lesquelles se concentrent les caméras de l’actualité médiatique. Prospectons les marges de notre société. Celles qui se situent dans les profondeurs de l’informel ou dans l’anonymat de la marginalité. Allons sur les traces de la tontine par exemple. Ce sont des milliers de banques, bien de chez nous, qui se ramifient et qui irriguent l’univers des affaires dans notre pays. Si les Béninois n’aimaient pas s’associer, comme on veut le faire croire, pourquoi cela marcherait-il ? Et Dieu sait que ça marche ! A côté, c’est plutôt le microcrédit, produit officiel et d’importation qui grince et qui fait du bruit.
Le Béninois signera des chèques sans provision, mentira à son banquier. Mais jamais il ne trompera son tontinier. L’univers moderne de la banque est impersonnel. L’argent du microcrédit est encore perçu comme l’argent de l’Etat qui reste la plantation de Monsieur et de Madame tout le monde. L’univers de la tontine est balisé de valeurs que nul ne saurait enfreindre impunément. Le tontinier est un être de chair et de sang. C’est un autre soi-même. Rien de comparable avec une entité abstraite comme une banque. Un établissement financier ne sait identifier le client qu’à son numéro de compte. Toutes ces considérations pour aboutir aux deux conclusions que voici.
Première conclusion. C’est faux : le Béninois ne rechigne pas à s’associer aux autres ou à travailler avec les autres. Mais il est plus juste de dire que le Béninois tarde à faire son entrée dans l’espace de l’entreprise moderne. Il en ignore encore les règles et les principes fondamentaux. Il n’y retrouve ni ses repères existentiels ni les valeurs que lui fait porter son éducation de base. Entre le Béninois et l’entreprise de type moderne, il y a lieu de parler d’un malentendu profond qui se traduit par un véritable choc de cultures. Dans ce cas, le soi disant individualisme du Béninois est à tenir non pour un trait de caractère, mais pour un moyen de défense. Juste une réaction contre ce qui perturbe sa vision des choses.
Deuxième conclusion. L’entreprise de type moderne est à repenser en Afrique en général, au Bénin en particulier. L’entreprise est à réinvestir d’un certain nombre de valeurs qui tracent au Béninois, dans sa culture de base, un chemin de destinée, tout en lui indiquant les frontières à ne jamais franchir. C’est le « Gbê do su » des Fon. A redécouvrir. A réinterpréter à la lumière des réalités du monde contemporain. A s’en servir, surtout, pour construire le Bénin de nos rêves.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du27 octobre 2011
Et Nafissa … toucha le fond !
Un mythe qui s’effondre ou un mythe qui se confirme ?
D’aucuns, africains ou autres ne cessent de vociférer que les femmes africaines sont dans une large partie des dangers publics ou des publics dangereux.
La chose fait courrir la gueuse de tous continents aux hommes africains en quête d’autres horizons sentimentaux et matrimoniaux et agit comme une attraction-répulsion au niveau des occidentaux. Ces derniers restent partagés entre ” la femme de feu ” au seins ” debout ” et au postérieur galbé, femme de maison appliquée, caractère enflammé et selon les goûts, maîtresse endiablée; et celui de la matérialiste sans foi ni loi, amatrice ” de chéques, de chic et de choc “. J’ai rencontré une fois, un turc rentrant de Kaolack au Sénégal et qui avait fini par se ficher lui même les fameuses perles ” bim-bim ” aux reins. En souvenir des assauts voluptueux d’une femme disait-il ” à la peau d’ébène et au tempérament peu amène “. Il rentrait totalement dépouillé. La belle avait fait rugir dans son sommeil deux American Express avec un complice. 35000€ de dégats.
Nafissatou la menteuse, Nafissatou la racolleuse, Nafissatou la délinquante, Nafissatou la trafiquante, s’est donc appliquée à nous cacher ses dégustations intimes jubilatoires avec le DG/FMI, pour se fendre d’allégations de violences sexuelles. Strauss-Kahn devenait alors pour tous ” Domi-Nique le Pervers “, présidentiable en puissance qui tentait de retourner la négresse à l’endroit et à l’envers avant de se retrouver dans les travers d’un tourbillon politico-judiciaro-médiatique inédit.
Puisque l’édifice de la fierté noire face à l’envahissant et vitupérant pénis juif s’est effondré et que les espoirs démeureront vains des dollars réparateurs d’une prétendue friponnerie intime, puisque la cousine Nafissatou n’a pas cru devoir partager avec nous son nirvana new-yorkais pour ne nous réserver que le pseudo golgotha qu’elle aurait vécu, il faille en tirer quelques leçons.
1. L’homme est définitivement le sexe véritablement faible. Voilà un destin annoncé comme présidentiel et qui pour n’avoir su résister à une levée de pine circonstancielle, sombre dans le pestilentiel.
2. DSK a un véritable problème avec le sexe. Celui du troussage à tout va ( des femmes de pouvoir aux simples domestiques). Ses gaucheries ont eu raison de son accession au sommet de la 5ème puissance mondiale.
3. Les africaines en prendront plein la figure. Au mieux passeront-elles (un peu plus diront les langues acides) pour des dégustatrices qui crachent ensuite sur le fruit des délices sur l’autel du matérialisme, au pire seront-elles frappées un moment du sceau du mensonge, de l’affabulation, du parjure et même traitées par de petits pervers malins comme des provocatrices en mal d’extorsion, des violeuses qui vous laissent des griffes sur le torse, des hématomes dans le dos et une carrière politique dans le c…
Personnellement, je ne regrette pas d’avoir défendu Nafissatou Diallo bec et ongles pour deux raisons : trop de violences sont faites aux femmes dans le plus grand silence et trop d’hommes usent de leur ascendance sociale et matérielle pour en abuser ; ensuite, un vieillard de mes fréquentations disait que ” la dignité est le bien le plus précieux d’une femme, elle est un pagne que la société lui noue autour des reins à sa naissance et qu’il lui appartient de préserver ou de galvauder. Aucune autre toile ne saura cependant lui redonner tel éclat ” .
Messieurs, Camarades : ” Ne vous demandez plus ce que vous pouvez faire pour votre braguette, demandez vous ce que votre braguette peut faire contre vous ” ! C’est la morale ca.
Lionel Kpenou-Chobli
Les Béninois et le Bonheur Intérieur Brut
BIB ! C’est la nouvelle modélisation socio-économique, le nouvel aggrégat qui fait débat dans le cénacle des organisations économiques et financières internationales. Le Bonheur Intérieur Brut, que l’OCDE se donne pour ambition de mesurer désormais chaque année à la surface de la terre.
Ce n’est ni le PIB auquel s’accrochent les institutions de Bretton Woods pour guider et brutaliser parfois les fragiles pays du Sud, ni l’ Indice de Développement Humain (IDH) du PNUD qui se voulait déjà plus qualitatif. L’indice du PNUD englobait espérance de vie, niveau d’éducation et niveau de vie des habitants d’un pays, par opposition au traditionnel PIB qui se concentre sur la seule valeur de la production annuelle de biens et services. Au PIB les grands aggrégats macroéconomiques, à l’IDH les grandes progressions socio-économiques dirait-on. L’un comme l’autre n’ont rien apporté à l’évaluation des pays africains dans la mesure ou nous stagnons invariablement parmi les pays les moins avancés de la planète. Notre cher Bénin s’offrant une place de choix parmi les 30 à 50 les moins avancés. 133ème au classement PIB 2009 du FMI et 161ème en ce qui concerne l’IDH. Cette distorsion au classement illustre par ailleurs que nos quelques résultats macro-économiques peinent à se concrétiser en répercussions à la base pour chacun de nos compatriotes.
Mais revenons au frais émoulu BIB. Ce bonheur, graal de la société moderne, collectivement et individuellement. Si nous voulions faire dans l’idéalisme complet, nous dirions que tant que l’éradication de la faim dans le monde ne sera pas une réalité, point de bonheur à l’horizon. En fait, de bonheur intérieur brut, de quoi s’agit-il.
1. L’appropriation du concept par l’OCDE est quasi-frauduleux. Une fois de plus le Nord s’approprie un concept venu du Sud et veut l’imposer comme le nouvel étandar de son modernisme insolent. Le bonheur intérieur brut nous vient du Royaume asiatique du Bouthan, coincé entre les deux géants de demain : l’Inde et la Chine. Observateur premier donc des grandeurs et décadences de ces etats-continents démographiquement obèses et socialement complexes. Le Roi du Bouthan donc, s’est fendu d’un concept inspiré des valeurs spirituelles bouddhistes et reposant sur l’idée de morale publique :
-croissance et développement économique
-conservation et promotion de la culture
-sauvegarde de l’environnement et gestion durable des ressources
-bonne gouvernance responsable.
2. Que pouvons-nous apprendre d’un pays privé de grandes ressources mais qui a un niveau de vie et une stabilité enviables dans sa région ? Le bouthan, monarchie constitutionnelle, bien que dotée d’une réligion unique, manifeste une très forte unité nationale, la démocratie parlementaire est une réalité incontournable, le contrôle de l’action publique également. Par un recensement efficace et une administration performante, les systèmes de santé et d’éducation sont gratuits à vie pour tous. Il en va de même de l’enseignement supérieur même s’il est extrêmement sélectif. La lutte contre la corruption y est très sévère, de la base au sommet. La presse est libre. Bien entendu, le pays à ses problèmes spécifiques : exode rural, urbanisation anarchique, chômage des jeunes et quelques inégalités.
3. Et les béninois dans tout ça me direz-vous ? Le bonheur est-il un sujet à l’ordre du jour alors que les citoyens peinent encore à remplir la gamelle et à s’assurer des soins décents ? Le bonheur est sans aucun doute multidimensionnel selon les bouthanais qui le décomposent en 9 aspects fondamentaux : bien-être psychologique, santé, éducation, temps de loisirs, diversité culturelle, gouvernance, vitalité de la vie démocratique, la salubrité environnementale et niveau de vie. Voilà des défis qui s’imposent bel et bien à nous autres béninois, gouvernants et citoyens. Premièrement, est-ce que les béninois recherchent le bonheur ? Malgré les problèmes qui les accablent, ils gardent une certaine joie de vivre qui ne suffit pas à dissimuler les impératifs du quotidien. A la question ” On dit quoi au nord ? ” lancée par sa soeur, un jeune béninois à répondu ” On dit que les finances sont à l’ouest donc on regarde vers l’est si une opportunité se dessine, auquel cas on risque de foncer plein sud dans la galère ” . Assez éloquent. Mais ce qui nous séduirait dans la notion de bonheur à la bouthanaise, c’est la simplicité des objectifs et leur accessibilité grâce aux ressources morales, humaines et matérielles internes.
4. Oui nous le pouvons ! Les 9 aspects du bien être sont en fait très relatifs au respect de la chose publique, à la gouvernance positive, à la prévision, à l’utilisation rationnelle des ressources et à la production. On se rendra également compte que l’un des tous premiers goulots d’étranglement de notre politique de développement reste la prise en compte du secteur informel. Au Bénin nous avons des citoyens informels (sans acte de naissance ni document administratif), des électeurs informels (ne revenons plus sur les sujets qui fâchent), des administrations informelles (sans bureaux, sans contacts avec le public, sans reddition de comptes) mais surtout une économie informelle. En réalité, depuis 50 ans, le Bénin se saigne lui même en ne vivant que sur 1/5ème de ses possibiltés puisque 80% des habitants sont dans l’informel. Cela pose deux problèmes : la mobilisation des ressources par l’Etat et en retour la fourniture d’équipements collectifs et de sécurité(s) pour les populations. En clair, tant que nous n’irons pas les uns (administration) vers les autres (commerçants, artisans etc) pour un contrat d’insertion, de confiance et de redistribution équitable dans une logique de bonne gouvernance, nous freinerons le développement.
5. Puisque le gouvernement s’installe et le parlement aussi, qu’il nous soit permis de suggérer quelques pistes de solutions. En quelques sortes les grandes aspirations du profane globaliste, que les techniciens sauront affiner :
-modernisation de l’administration
-grande campagne d’identification de la population (une interconnexion des processus RAVEC et LEPI et du RGPH)
-intensification des procédures de contrôle administratif et financier au sein des structures étatiques
-promotion de la culture et encouragement véritable à la consommation locale
-prise en charge des questions foncières, hydrauliques et environnementales
-investissement massif dans la santé, l’éducation et la formation civique des jeunes.
-facilitation de la création d’entreprises et surtout de moyennes industries et mécanismes de garanties (coopératives en milieu rural, financières pour les entrepreneurs)
Vraiment rien de révolutionnaire, certainement du déjà vu et entendu. Simplement nous devrons nous serrer les coudes pour finir par le faire. A l’instar du Bouthan qui depuis 1972 à fait sa révolution tranquille et s’appuie sur des solides acquis qui le rendent très indépendant et qui l’aident à progresser. La recherche du Bonheur c’est avant tout du labeur pour nous tous.
Lionel Kpenou-Chobli
http://lionelchobli.wordpress.com
Elles étaient annoncées pour être physiques, sismiques et cataclysmiques. Elles devaient être le test de vérité pour le modèle démocratique, politique et social béninois. Au fétichisme des politiciens, aux allégories des supporteurs zélés, répondaient les fantasmagories de la presse et les lubies des électeurs. Elles, se sont bien entendu les élections présidentielles et législatives de Mars/Avril 2011. Ce choc des titans annoncé entre la mouvance présidentielle et la vieille classe politique ou entre les partis politiques traditionnels et les néo-prédateurs selon le camp dans lequel l’on se situait. C’était le choix surtout pour les béninois entre deux visions de la politique et de l’état. L’une qui pense que le volontarisme seul peut tout et excuse tout et que l’Etat c’est avant tout la puissance. L’autre qui affirmait un certain primat de l’expérience et du consensus (même mou) et qui voyait en l’Etat, le lieu et l’outil du partage dans tous ses sens subtropicaux. Cet antagonisme, on pourrait même aller le chercher jusque dans les dénominations des structures politiques qui s’affrontaient : FORCE contre UNION avec en filigrane la troisième voie, la COALITION qui se voulait une union des forces ou une force de l’union.
Mais en définitive, qu’avons-nous fait de Mars 2011, de cet épisode ô combien clivant dans les chaumières, dans les hameaux, dans les marchés, dans les bureaux et même au temple de la souveraineté du peuple : à l’assemblée nationale ?
A notre humble avis et sans ressusciter débats et polémiques, l’on peut relever 5 éléments que, de la base au sommet, nous pourrions méditer durant les 2 années relativement apaisées (car sans joutes électorales jusqu’aux Locales de 2013) qui s’offrent à nous. N’en déplaise aux compatriotes contempteurs par habitude des analyses, idées et suggestions et détecteurs spécialisés de donneurs de leçons et d’aventuriers politiques.
1-La Paix au Bénin : c’était et cela reste la préoccupation majeure du citoyen béninois. Coincés séculairement entre un Nigéria faible de ses antagonismes ethno-religieux et un Togo en rémission d’une dictature psychologiquement ruineuse et humainement cassante, les béninois ont fait le pari de la paix à tout prix. Dialogue, tolérance et paix devrions-nous dire, si nous nous référons à la Conférence Nationale fondatrice de notre système politique et de notre système de valeurs républicaines. Seulement, nous devons nous interroger, à l’aune des évènements vécus en 2011, si nous n’avons pas abandonné le dialogue et la tolérance et si nous n’empoisonnons pas à petites doses notre paix tant choyée. La paix en effet peut-elle se passer de reposer sur la Justice ?
Nos élections, sans polémique aucune ont-elles été vraiment justes ? Justes dans la préparation ? Justes dans la participation ? Justes dans la gestion et justes dans les résultats ? Je ne me permettrais pas de donner pour tous une réponse. Mais je crois que nous n’avancerons pas en surfant sur l’incompréhension et la frustration de franges entières de la population.
Car même si le processus devait être considéré comme juste de bout en bout, alors il a été négativement mis en scène, négativement exécuté et doté d’une communication qui faisait le lit du sentiment d’injustice. Les forts soupçons d’impartialité ont été renforcés pendant et même céans par des comportements de nature à troubler la confiance des béninois en leurs institutions, ces institutions crées pour transcender les clivages et sublimer les individualismes au profit du bien être collectif. Nous devons réfléchir à cela : quelle Paix voulons-nous au Bénin ? Celle basée sur la façade, les masques et les récriminations étouffées ou l’autre, durable et vivifiante qui trouverait sa source dans la clarté, la tolérance et l’ambition collective d’être toujours une seule nation, un seul peuple et un seul avenir. Je n’ai pas aimé Porto-Novo, la belle endormie, boudant le Président Yayi le jour de son investiture. Je l’ai comparée à Porto-Novo, l’ambitieuse humiliée de 2006 qui avait accueilli le vainqueur de son graal avec faste et dignité.
2-La LEPI : Notre honte et notre faillite collective, au-delà de tout ce que chacun de nous pourra dire pour se disculper. Voilà un projet collectif, un outil de modernisation pure et simple de la relation administration-usager que nous avons échoué à implémenter avec efficacité. Tous coupables dirions-nous puisqu’à l’aube du scrutin, nul ne connaissait le nombre exact d’inscrits. Le Bénin venait d’inventer l’élection sans liste électorale. Et là encore il s’agit moins de politique que de logique : nul, ni gouvernement, ni parlement, ni CENA, ni Cour Constitutionnelle, ni CPS/LEPI, ni société civile ni partenaires au développement n’ont pu fournir au plus tard le 11 Mars 2011, des chiffres définitifs sur la LEPI. C’est le seul résultat que l’histoire retiendra de ces longs mois de tribulations parfois infantilisantes pour l’intelligence collective comme le signalait si bien l’Abbé Alphonse Quenum dans sa saillie postélectorale. Les élections passées, le climat relativement apaisé, il est impérieux que toutes les institutions engagées dans le processus, procèdent à un audit technique mais également organisationnel et financier du projet LEPI afin que puissent être situées les responsabilités et effectués les aménagements nécessaires d’ici aux prochaines élections. Je renvoie d’ailleurs aux propositions faites depuis 2009 : profiter des locales et de leur ancrage à la base pour réviser la LEPI village par village, quartier par quartier.
3-Notre relation à la politique. Sur le sujet je serais bref mais précis. Quand aurons-nous une véritable conviction politique ? Quand formerons-nous des partis nationaux dotés d’une boussole idéologique et d’un aiguillon stratégique ? La politique, j’en suis convaincu, conditionne le développement des pays comme le nôtre. Quoi qu’on lui reproche, nous avons besoin de politique et peut être que plus que jamais, la politique a besoin de nous. Il fût des périodes (1946-1963, 1989-2001) ou c’était particulièrement noble de faire de la politique et glorifiant de dire son appartenance à telle ou telle formation. Qui n’a pas admiré, même leurs adversaires les plus farouches, la formidable résistance de la RB après sa défaite de 1996, résistance matérialisée par un retour rugissant aux Législatives 1999 et une cohabitation de fait imposée au régime Kérékou ?
Nos leaders politiques doivent tirer de ces élections une leçon : ils ne pourront pas éternellement se nourrir de transhumants et devraient renouveler sensiblement l’organisation et le personnel de leurs formations politiques car le Bénin est bien plus coloré qu’il y a 10 ans. Nous devons également, jeunes, femmes, citoyens de base, oser l’engagement politique sans vouloir brûler les étapes. En attendant, les hommes polis tiquent. Tout d’abord parce que les absents ont toujours tort, mais au surplus, pour échapper à la critique (facile mais factuelle) qui recommande de venir mettre la main dans le cambouis pour savoir si la température y est chaude ou glaciale et moduler la fréquence et la substance de nos récriminations.
4-La Refondation. J’en ai entendu parler pour la première fois à travers notre compatriote Aimé DAFON SEGLA et son groupe Bénin Refondation. Il prônait une refondation de la nation béninoise dans les domaines de la politique, de l’économie, des valeurs sociales, de la culture, des mentalités. Le 4 Mars 2011 sur l’antenne de RFI, le candidat Boni Yayi disait ceci : « Nous avons perdu l’éthique et les repères et il faut aller à la Refondation de notre république ». Je partage parfaitement les deux visions de la Refondation. Dans le cas de mon aîné SEGLA, je perçois la déception après 50 ans de tâtonnements et l’espérance d’une république plus ordonnée pour être plus efficace. Des propos du président Yayi, j’ose voir une forme d’autocritique poussée dans la mesure où lui qui comptait appliquer le Changement au système établi, 5 ans après, propose carrément de refonder le dit système sur de nouveaux préceptes avant toute réalisation durable. Bénin soit le Seigneur ai-je envie de dire. Le citoyen comme le dirigeant ont compris que le système touche à sa fin, que l’érosion est avancée et que l’écume des vagues nous chatouille déjà à mi-cuisse.
Ceci dit, la Refondation qui est souhaitable, c’est une recomposition de la base vers le sommet, c’est une nouvelle éducation pour nos enfants, une nouvelle vision pour notre état, une modernisation de notre administration, le désengorgement et la démocratisation de notre économie, l’accompagnement au changement social positif dans notre société. La Refondation que nous voulons, c’est la responsabilisation croissante de nos collectivités locales à travers la mise à disposition de personnel qualifié et le transfert de ressources, afin qu’elles deviennent le bras opérationnel de l’état, l’agent premier du développement. L’administration centrale pourra alors se préoccuper mieux des grands équilibres, des grands projets, de la collecte de l’impôt (grand défi pour nos nations), bref de la vision et des opérations stratégiques. Nous ne disons pas non à la Refondation, nous disons oui mais. Qu’elle ne soit pas otage des politiques, qu’elle ne soit pas achalandage de foras et de colloques, qu’elle soit visionnaire et prospective afin que la Jeunesse en soit le grand bénéficiaire.
C’est en cela que nous disons que la Refondation puis être une Renaissance du Changement : qu’il nous souvienne en effet qu’à l’aube du Changement était la Renaissance du Bénin puisque le Président Soglo fût le guide spirituel de Boni Yayi. Boni Yayi se réclamant lui-même « 3ème fils de Maman ». Remémorons-nous qu’en sa qualité de pivot de l’alliance WOLOGUEDE, la RB a pesé tout son poids pour l’option Yayi plutôt que celle Houngbédji en 2006. Le glissement nouveau de ce parti vers la main tendue, ouvre peut être la perspective de réformes plus larges. Il offrira en tout cas, l’opportunité d’une clarification majorité/opposition que doivent saisir également les groupes Union fait la Nation et les partisans d’Abdoulaye Bio Tchané. Si Boni Yayi lui-même reconnait n’avoir pas pu ouvrir la valise de la prospérité, c’est peut être simplement parce que le Bénin n’est pas une valise à une clé, mais un de ces modèles sophistiqués à combinaison. Il faut donc associer et s’associer pour déboucher le lierre et accéder à l’ivresse. Qui dit Refondation dit Réformes et certainement Révision de la Constitution. Toutes les forces politiques ont leur rôle à jouer, et une opposition organisée et constructive tout en restant déterminée va peser numériquement à l’Assemblée et valablement dans l’opinion pour peu qu’elle se dote d’une méthode d’intervention et d’une stratégie de communication en phase avec le peuple. En 2016, on saura inéluctablement si seul ou en bande, le Changement est un échec ou si les Renaissants lui ont inculqué la dose de sérum nécessaire au sursaut refondateur pour la Nation et salvateur pour le bilan de Boni Yayi.
5- Mon dernier point repose sur cette citation de Churchill : « Si vous ne faites pas la politique, elle vous fait ». Sortons chers amis du « à vous l’odeur, à nous le goût » que nous pensons imposé par la classe politique et engageons-nous côte-à-côte pour des causes d’avenir. Pour ma part ce sera un engagement citoyen de contrôle de l’action publique fait de rencontres à la base et de propositions aux dirigeants, de façon encore plus marquée. C’est le terrain qui commande les solutions.
Lionel Kpenou-Chobli
http://lionelchobli.wordpress.com
La mondialisation est en cours. Son cours s’accélère, à la fois en raison des questions d’environnement, des problèmes d’énergie et de matières premières. Les crises actuelles – la crise pétrolière, la crise du dollar et la crise financière – vont encore accélérer le mouvement.
Dans la période actuelle, la répartition internationale du travail est en train de se modifier très rapidement. Il y a des opportunités à saisir, des défis qui sont lancés. Ces périodes sont celles où on peut rebattre les cartes et donc dans lesquelles l’Afrique a la possibilité de jouer un rôle particulier.
Nouveaux défis, nouvelles opportunités
Quels sont les défis et les opportunités qui se présentent à l’Afrique ?
S’agissant des défis, il n’y a pas de doute que les questions de la pauvreté et de l’alimentation sont revenues à l’ordre du jour de façon très forte, plus encore que les problèmes de santé qui étaient des problèmes traditionnels.
Deuxièmement, le défi de la démographie, très accélérée, et de la gestion d’un capital humain extraordinairement jeune.
Troisièmement, il y a le problème de l’urbanisme et des infrastructures, c’est-à-dire des grands changements qui sont impliqués par les mouvements de populations et par le développement.
Il y a enfin la question de la gestion publique et du problème de ce qui a été appelé la ‘cleptocratie’. Les opportunités ne sont pas moins importantes.
La première d’entre elles est que, dans la mondialisation, l’Afrique dispose d’avantages compétitifs considérables : l’espace – avec un continent quasi vide ; les hommes, avec un immense réservoir de main d’oeuvre ; enfin les matières premières, dont l’Afrique dispose en quantité — c’est un avantage compétitif et c’est un avantage géostratégique majeur.
Autre opportunité : le prix des matières premières, qui crée un avantage très important pendant une période déterminée, et la possibilité d’agir sur ce prix, avantage non moins important.
La dette aussi, qui a été traitée sur le plan international d’une façon positive.
Atout supplémentaire : le secteur privé n’est plus un sujet de débat, il devient un acteur bien compris et incontournable du développement.
Les domaines prioritaires
Le rôle essentiel de l’agriculture
Il est indispensable que l’Afrique assure l’alimentation de ses populations. Cela suppose qu’un certain nombre d’efforts soient réalisés. Tout d’abord au niveau de l’agriculture familiale, il ne fait pas de doute – sans oublier qu’il y a une différence entre croissance et développement – que le développement passe par le développement des populations, or la majorité des populations africaines reste agricole. Il est indispensable de développer cette agriculture.
Il faut le faire selon des mécanismes de marché : l’échec des politiques agricoles communes en Europe devrait conduire à en tirer des conséquences.
Ceci suppose d’abord que l’on traite la question internationale : la négociation de l’OMC est majeure pour l’Afrique, comme elle l’est d’ailleurs pour le reste du monde, et il faut absolument faire aboutir ces négociations.
Il faut en outre certainement traiter le problème de façon régionale car, l’Europe l’a montré, la politique agricole commune n’a marché que parce elle était régionale à l’échelle de l’Europe. A l’échelle d’un seul pays, c’était auparavant un des échecs des politiques françaises.
Pour l’agriculture nous avons mis en évidence un problème très important : celui du foncier. On sait que la propriété foncière est un des facteurs clés du développement de l’agriculture. Pour fonder l’entreprise agricole individuelle, il faut qu’il y ait un droit foncier, de même que pour asseoir des micro-crédits. Développer des financements de microcrédits par l’intermédiaire de mécanismes de garantie est sûrement beaucoup plus pertinent que d’essayer de subventionner les revenus des agriculteurs.
Le contrôle des matières premières
Dans ce domaine une question paraît complètement centrale : c’est un avantage compétitif partagé, et il serait complètement aberrant que l’Afrique abandonne cet avantage compétitif par des accords que chaque pays passerait de façon séparée, en compétition avec les autres, et dans lesquels ils abandonneraient en quelque sorte la force que représente cet avantage partagé. L’exploitation des matières premières est ainsi un deuxième sujet sur lequel une nécessité régionale apparaît.
En tout état de cause, les questions à traiter ont été clairement présentées : la transparence, pour savoir où va la rente ; l’exploitation immédiate de ce fruit des matières premières, c’est-à-dire le moyen de développer l’économie locale autour des matières premières.
Deuxième sujet – surtout ne pas gaspiller le fruit de la rente, c’est-à-dire réinvestir au maximum tout l’argent qui ne peut pas être immédiatement consacré au développement. C’est l’idée du fonds norvégien, meilleur exemple que l’on puisse donner parmi les fonds souverains qui existent aujourd’hui.
Les partenariats public-privé
Enfin, troisième priorité, l’investissement et les PME. Pour les aider à exister, il faut avant tout un système financier local qui soit honnête et efficace. Dans certains cas, l’efficacité, notamment vis-à-vis des plus petites structures – expérimentalement dans les pays industrialisés – passe par la mise en place de fonds de garantie qui permettent de remédier à un certain nombre d’inconvénients : il y a là toute une série de voies qui ont été développées et qui méritent d’être explorées. Le partenariat public-privé est apparu incontestablement comme l’un des moyens importants de développement.
Sur la question du retour sur investissement : aujourd’hui’hui le coût du capital en Afrique est sans commune mesure avec le coût du capital dans la plupart des pays d’Asie, a fortiori de l’Europe et des Etats-Unis. Abaisser ce coût du capital est donc un objectif essentiel. Paradoxe : les banques sont en surliquidite et très peu spécialisées dans les secteurs vitaux de l’économie.
Que faire ?
Choisir ses partenariats
L’Afrique est riche de partenaires qui s’intéressent à elle aujourd’hui. Cette multiplicité de partenaires est extrêmement intéressante et porteuse pour l’avenir. Pour autant, ces nouveaux prétendants sont, tout comme les anciens, des partenaires qu’il faut regarder avec un esprit critique, qu’il s’agisse de ceux du secteur privé, en particulier les religions et les grandes entreprises multinationales, ou des Etats. L’Afrique doit faire son tri.
L’importance du politique
Ce dont l’Afrique a besoin, fondamentalement, c’est de la démocratie, dans ce que la démocratie a d’Etat de droit, d’Etat de défense des droits fondamentaux de l’homme, d’Etat de transparence, notamment avec la presse, et enfin de sécurité. C’est un ensemble très précis, qui a été recensé d’ailleurs dans plusieurs travaux de la Banque Mondiale et sur lesquels l’Afrique devrait se pencher par priorité.
En revanche, les débats ont montré que la question démocratique – au sens démocratie occidentale du terme – est une question qui n’est pas bien adaptée à la solution des problèmes africains : il appartient donc aux Africains de définir eux-mêmes ce qu’ils appellent une démocratie.
Une démocratie africaine
Nous sommes après tout dans une période dans laquelle la conception que l’on peut avoir de la démocratie dans le monde occidental d’une part – aux Etats-Unis, en Europe, et dans une partie de l’Amérique latine – et en Chine, au Japon ou en Inde d’autre part – n’est pas tout à fait la même chose. Donc pourquoi pas une démocratie africaine ? En tout état de cause, cette idée semble être chère aux Africains et personne d’autre qu’eux n’a à définir leur mode de fonctionnement démocratique.
Dans le domaine politique, l’une des questions importantes est celle de la gouvernance. C’est un domaine dans lequel le secteur privé peut apporter beaucoup au monde politique, parce que l’enjeu de la gouvernance en vue de l’efficacité est une question qui y est posée de longue date. Les Etats, par nature, ont du mal à la traiter : adapter rapidement un système constitutionnel est impossible, alors que les statuts des entreprises peuvent être changés assez facilement.
La question du leadership
La question du leadership est importante, néanmoins on aurait tort d’exagérer cette importance. Les équipes comptent davantage que les hommes pris individuellement, et trop de leadership risque de conduire à des situations monarchiques un peu contestables.
Y a-t-il une vision pour l’Afrique ?
Où tout ceci nous conduit-il ? Certaines questions apparaissent essentielles.
Tout d’abord la question du temps : nous n’avons pas de temps. A la vitesse à laquelle le monde bouge actuellement, il n’y a pas de délai possible pour s’adapter. C’est maintenant ou trop tard.
Sur le fond, deux questions doivent être posées.
Premièrement, y a-t-il une vision pour l’Afrique ? Aujourd’hui, nulle part dans le monde, personne ne peut avancer sans avoir une vision à moyen et long terme. Cette vision ne peut être qu’une vision régionale. L’unité de mesure évoquée est de 500 millions d’habitants. C’est la taille de l’Europe. L’Afrique vaut deux fois cela.
Cela veut dire que l’Afrique doit absolument avancer, sur le plan politique, dans une direction qui lui permette d’exister en tant qu’ensemble.
C’est également son intérêt sur le plan de la compétition économique, sinon les Etats africains se verront opposer les uns aux autres par l’économie de marché, qui essaiera de tirer à elle leurs ressources minières et pétrolières, dans des conditions dans lesquelles ils résisteront moins bien.
La deuxième question politique est celle de l’Utilité de l’Union Africaine. Cet ogre qui vampirise les ressources financières et ne recrache que lâcheté désolation et honte toute bue.
Il faut constater son échec, la réduire politiquement et budgetairement a la coquille vide qu’elle est et retourner aux grands ensembles politico-économiques qui fonctionnent mieux. Il n’est plus acceptable que le Benin jette 7 milliards de CFA dans les caisses de cette coterie superficielle au détriment des urgences de la jeunesse : santé, éducation, technologies, emploi etc.
Lionel Kpenou Chobli
Par Noël Kodia et Emmanuel Martin (*)
Force est de constater que la démocratie en Afrique a toujours le plus grand mal à fonctionner. Le pouvoir agit comme un aimant qui empêche le plus souvent l’alternance. Comment expliquer cet échec de la démocratie africaine ? Les causes sont multiples, mais il peut se dégager quelques axes fondamentaux.
Nation et démocratie
La démocratie d’un Etat fonctionne relativement bien en premier lieu lorsqu’elle s’applique dans une nation, au sens civique comme au sens ethnique. La première suppose que les citoyens se retrouvent autour d’un projet politique commun, en dehors de toute référence ethnique ; elle a vaincu en grande partie les clanismes et « nationalismes régionaux ». La deuxième conception de la nation suppose une très forte homogénéité ethnique et culturelle.
Les pays d’Afrique ont le plus souvent été le résultat du découpage de la Conférence de Berlin par les puissances européennes à la fin du 19° siècle : des peuples qui vivaient ensemble ont été séparés par des frontières purement arbitraires, et des peuples qui ne voulaient pas vivre ensemble, du fait de leurs modes vie très différents, ont été placés
malgré eux au sein des mêmes frontières. Le Royaume Kongo englobait par exemple l’Angola, la République démocratique du Congo et le Congo Brazzaville. Il était formé d’une seule ethnie, les Kongos avec leur mentalité commune et leurs lois scrupuleusement respectées.
En Afrique on a ainsi appliqué le modèle occidental d’Etat nation « civique » sur des territoires qui sont en réalité « plurinationaux », dans le sens où plusieurs ethnies très souvent cohabitent au sein d’un même Etat. Le concept de nation y étant donc très fortement ethnique, le partage du pouvoir politique s’avère difficile, donnant lieu à des conflits interethniques, des refus d’alternance en faveur de « l’autre ».
La pauvreté, un handicap pour la démocratie africaine
La démocratie fonctionne d’autant plus mal dans les Etats plurinationaux ou pluriethniques qu’ils sont pauvres. La raison est que dans ces pays la préoccupation principale est bien souvent de manger à sa faim. Un pied dans le pouvoir politique pour un membre d’une famille, d’un village, d’une ethnie peut changer totalement la capacité de cette famille, de ce village, de cette ethnie à survivre. La solidarité ethnique prime pour résoudre ce problème de pauvreté, d’où les conflits ethniques/claniques pour le pouvoir. L’accès à la richesse passant par le politique, les ressources de l’Etat sont donc privatisées et réparties au sein du clan au pouvoir.
Par ailleurs, dans les économies qui disposent de richesses naturelles fantastiques, il est d’autant plus coûteux pour l’ethnie ou le clan qui est au pouvoir de lâcher ce dernier. Cela se mesure en millions de dollars. Le multipartisme ne fonctionne alors pas dans un Etat plurinational pauvre, c’est à dire où l’immense majorité de la population vit dans la misère, même, ou surtout, si le pays regorge de richesses naturelles.
Dans les pays démocratiques riches, l’accès au politique se fait le plus souvent par l’idéologie, la vision du monde, non par l’appartenance ethnique. Le minimum vital pour l’immense majorité de la population permet d’écarter ce spectre ethnique. Manger à sa faim et pouvoir se soigner relativement correctement évitent généralement les solidarités de l’ethnisme ou du népotisme et tous les fanatismes qui vont avec.
Remettre en adéquation démocratie et nation, permettre la prospérité
Alors qu’on a voulu imposer la démocratie à l’occidentale (souvent en ne se concentrant que sur lafaçade des élections
d’ailleurs) de manière centralisée à des entités pluriethniques ou plurinationales dans un contexte de rareté (impliquant donc des conflits), il faut sans doute « redescendre » la pratique démocratique et multipartiste à un niveau moins générateur de conflits, au niveau de gens qui veulent vivre ensemble, au sein des « vraies » nations qui très souvent ne correspondent donc pas encore au niveau de l’Etat.
C’est la grande leçon du principe de subsidiarité : que les problèmes se résolvent d’abord au niveau local si possible parce que les populations y ont la connaissance requise pour traiter ces problèmes et l’envie de le faire ensemble.
Autonomiser les « départements » locaux, les responsabiliser financièrement et fiscalement pour éviter les conflits : cette décentralisation politique, c’est la démocratie du bas vers le haut. C’est aussi une chance pour les minorités souvent laissées pour compte. Bien sûr l’Etat central doit jouer un rôle en matière de respect de l’état de droit ou d’infrastructures nationales, mais il doit demeurer si possible en retrait pour le reste.
Avec la concurrence institutionnelle entre régions ou départements les meilleures pratiques sociales émergeront. Des
partenariats, des coopérations pourront se former, et peu à peu se construira sans doute une idée moins ethnique de la nation. C’est un processus, encore une fois, du bas vers le haut. Cette meilleure gestion, plus pacifique, de la chose publique au niveau adéquat favorisera donc le développement politique (du bas comme du haut) mais aussi économique : la sérénité politique limite l’incertitude institutionnelle, extrêmement néfaste au développement.
Enfin, il y a ici un parallèle entre la démocratie imposée par le haut et l’économie de marché imposée par le haut. Pour qu’une économie fonctionne, il faut un socle, un terreau institutionnel qui soit d’abord en accord avec les pratiques sociales locales (ce qui ne signifie pas que certaines d’entre elles ne doivent pas évoluer). Il faut aussi que ce terreau institutionnel favorise l’ouverture vers le chemin de la prospérité, permettant la responsabilisation des individus et l’incitation à investir dans leur futur. La prospérité entraînera peu à peu la constitution de nations « civiques » et de moins en moins « ethniques ».
Développement économique et développement politique peuvent aller de pair pour peu qu’on n’impose pas des schémas, préconçus ailleurs, à des niveaux inadéquats et en n’étouffant pas les libertés locales et individuelles.
PS : Je reprendrai mes publications Jeudi prochain après la fin du cycle électoral au Bénin et juste avant l’investiture du Dr Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire.
Ceci est un article du journal ” Les Afriques “. Il est l’oeuvre de Mr Adama Wade.
C’est probablement l’une des plus grandes opérations de blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest. Au centre de ce dispositif, des centaines de millions de dollars appartenant à un homme d’affaires que ses interlocuteurs désignent par « Son Excellence Tandja », et qui serait d’après ses dires le fils de l’ex-président nigérien Mamadou Tandja. Questions : quelle est la vraie identité de son Excellence Tandja ? Dans quelle mesure bénéficie-t-il (ou pas) de la protection active ou passive des hautes autorités béninoises ?
La cinquantaine consommée, « Son Excellence Tandja » vit dans une belle villa à Cotonou, avec portail électrique, caméra et double haie de gardes armés. Dans le sous-sol de cette villa, une vingtaine de véhicules de prestige sont garés, allant de la Ferrari à la Porsche Panamera, au 4×4 Range Rover 5L dernier cri, en passant par la Bentley et même la Rolls Royce décapotable, présentée comme étant la voiture du président Mamadou Tandja.
Selon les estimations, ces malles contiendraient environ 1 milliard de dollars. « Son Excellence Tandja » a déclaré à l’un de ses interlocuteurs qu’il dispose de quatre ou cinq caches au Niger, au Togo et au Burkina Faso.
C’est là, dans cette villa cossue, que « Son Excellence Tandja » reçoit les nombreux porteurs de projets, des Occidentaux en général, à la recherche de capitaux. Le rituel de la réception est le même, ressemblant au procédé nigérian bien connu. Le visiteur est d’abord ébloui par la belle collection de voitures. Puis c’est l’escalade. A environ 1,5 kilomètre plus loin, dans une résidence protégée par des gardes de la douane béninoise, c’est le Pérou. Après avoir traversé une forteresse de sécurité, franchi un portique de détection sous le regard vigilant de quatre ou cinq douaniers, « Son Excellence Tandja », accompagné souvent d’un porteur de projets à la recherche de capitaux, est reçu par de hauts gradés qui lui remettent les clés d’un local. Appartenant à l’Etat, à un transitaire en douane ?
Le mystère de la chambre noire
Il s’agit d’une pièce d’environ 6 mètres de long, 5 mètres de large et 2,5 mètres de hauteur. Une trentaine de malles de couleur verte sont entreposées, nous confirment tour à tour deux investisseurs français qui ont eu à faire ce tour. A chaque malle correspond un numéro. Les malles sont remplies de billets de 100 dollars. Nous reproduisons ici un de ces billets, avec son numéro de série, qui devrait permettre à la BCEAO et aux autorités monétaires d’en retracer la provenance. Sur chaque liasse, il y a un lien avec la marque FED. S’agit-il de faux billets ? C’est le réflexe de tout investisseur qui atterrit dans cette caverne d’Ali Baba. Pour tuer tout doute, « Son Excellence Tandja » demande à son visiteur de prendre trois ou quatre billets au hasard dans la malle de son choix et d’aller procéder à des vérifications à la banque. Surprise, les billets sont vrais, comme le montre le numéro de série du billet de 100 dollars utilisé dans l’illustration de cet article.
En guise de prêts de capitaux, cet investisseur reçoit une étrange proposition de « Son Excellence Tandja », qui lui demande de l’aider à délocaliser des capitaux au Panama puis, de là, à les réinvestir aux USA.
Selon les estimations, ces malles contiendraient environ 1 milliard de dollars. « Son Excellence Tandja » a déclaré à l’un de ses interlocuteurs qu’il dispose de quatre ou cinq caches au Niger, au Togo et au Burkina Faso. Selon ses dires, l’argent a été amassé quand son père était président du Niger. La fortune proviendrait de pots de vin prélevés à chaque fois que les sociétés minières venaient renouveler leurs droits d’exploitation. Les groupes miniers payaient environ 250 millions de dollars par mine.
Une étrange proposition
En fait, passée cette visite guidée dans la mystérieuse chambre noire gardée par la douane béninoise, les affaires se compliquent. L’investisseur qui mort à l’hameçon est immanquablement invité à créer une société locale. Ce qui, dans le cas de notre informateur, fut fait après paiement de 50% du capital et des frais inhérents à la structure. Notre porteur de projets créera une société dénommée Moon Export, au capital de 150 000 euros. Les différentes démarches pour la constitution de l’entreprise sont faites à l’aide d’un notaire, Armel Genèse De Souza, qui nous confirmera bien avoir enregistré une telle entreprise. Seulement, monsieur Armel De Souza, conseiller financier de « Son Excellence Tandja », qui se présente comme docteur d’Etat en Droit, notaire agréé et administrateur d’une grande banque ouest-africaine, ne serait ni enregistré comme notaire à Cotonou (d’après les précisions de la banque en question), encore moins reconnu comme administrateur par ladite banque, qui nie tout lien avec ce notaire. S’agit-il d’une arnaque à la nigériane ? L’argent viré pour le compte de Moon Export dans le compte bancaire ouvert en son nom auprès d’une agence de la fameuse banque en question sera retiré par une personne tierce, au grand étonnement du porteur de projets qui, après avoir signé un accord de prêt de plus de 6,3 millions de dollars, avait présenté des brevets de sa société en garantie.
En guise de prêts de capitaux, cet investisseur reçoit une étrange proposition de « Son Excellence Tandja », qui lui demande de l’aider à délocaliser des capitaux au Panama puis, de là, à les réinvestir aux USA. Toute cette histoire s’est passée entre juin 2010, date du « recrutement » du porteur de projets à Casablanca par un rabatteur, et octobre 2010, quand ledit investisseur, qui a libéré le montant nécessaire à la création de son entreprise, s’est rendu compte qu’il était au centre d’une affaire qui le dépassait. Soupçonnant une opération de blanchiment d’argent à grande échelle, le porteur de projets demande à se retirer et à être remboursé des frais de constitution de sa société, ainsi que des coûts inhérents à ses différents déplacements et démarches. Soit, en tout, 120 000 euros. Il n’en sera rien pour ce porteur de projets qui craint aujourd’hui qu’une autre personne, une autre signature, n’utilise sa société pour effectuer des transferts de capitaux. Cela d’autant qu’une nouvelle société, Stop Exchange Service, a été constituée par la suite à la même adresse que Moon Export, avec l’aide du notaire Armel De Souza.
Bienvenue chez les experts en défiscalisation
D’autre part, il s’avère que « Son Excellence Tandja » a fait recours à une société parisienne, sise rue Lafayette et spécialiste de la défiscalisation. C’est à travers cette société parisienne que la Stop Exchange Service a été ouverte à Cotonou à la même adresse que Moon Export, avec un compte ouvert à la même banque que le compte de Moon Export. Pour faire doublon ?
Quand nous l’avons contacté, le notaire a botté en touche, nous rappelant qu’il a exécuté des missions de création d’entreprise pour des clients. Contacté aussi par nos soins, l’agent de la société française à l’origine de la création de la Stop Exchange Service nous dira n’être qu’un « commercial » de ladite société. En revanche, il confirmera bien l’identité de « Son Excellence Tandja », qui est selon ses dires le fils du président Mamadou Tandja. Un homme courtois qui a « fait de hautes études en France et possède une résidence à Neuilly sur Seine ». La société française en question est-elle en train d’aider « Son Excellence Tandja » à transférer des capitaux dans les paradis fiscaux ? Non, rétorque celui qui se présente comme un « commercial », pour qui « “Son Excellence Tandja” est un client que nous accompagnons dans ses investissements ». Le « commercial » nous précisera que « Son Excellence Tandja » est une personnalité importante accueillie à sa descente d’avion à Lomé et à Cotonou par une limousine qui se gare au pied de son avion. Après l’échange avec le « commercial », nous avons été contactés par mail par le PDG de cette entreprise française championne de la défiscalisation, qui, tout en se disant victime d’une tentative d’extorsion de fonds de la part de notre informateur, rappelle la mission de son cabinet, « spécialiste de la défiscalisation en loi Girardin et loi TEPA ». Nous reviendrons plus amplement sur cette société, ses ramifications et ses opérations étalées sur trois continents dans nos prochaines éditions.
La vraie identité de « Son Excellence Tandja »
En attendant, le mystérieux « Son Excellence Tandja » est aux abonnés absents. Injoignable au téléphone, inaccessible à travers ses mails, cet homme constitue la clé de l’énigme. S’agit-il du fils de l’ancien président nigérien aujourd’hui en prison, ou d’un homme au centre d’un dispositif de blanchiment et de détournement d’argent provenant de l’aide du FMI, de donateurs divers voire d’autres sources ? En se référant au passeport utilisé pour l’établissement des actes notariés et l’ouverture du compte bancaire, il s’agit bien de Abdel Rahman Tandja, diplomate de nationalité nigérienne et fils de l’ex-président nigérien Mamadou Tandja. Autre élément qui plaide pour cette identité, la plainte déposée récemment pour diffamation par l’entreprise française spécialiste de la défiscalisation contre notre informateur. Dans cette plainte déposée devant la justice française apparaît le nom complet du client, Abdel Rahman Tandja.
Malgré cette assurance, de nouveaux rebondissements vont faire jour à Cotonou. Selon un travail de recoupement, nous avons pu recueillir l’autre identité (la vraie ?) de « Son Excellence Tandja ». S’agit-il vraiment du fils de Mamadou Tandja ? Quels sont les liens de « Son Excellence Tandja » avec les banques et, en particulier, avec la banque évoquée dans cet article ? (à suivre)
Le virage entonne l’hymne national. C’est tout le stade qui va s’enflammer. Les supporteurs exultent, l’équipe de campagne rugit de plaisir. Le candidat lui-même se laisse emporter par la fanfare et esquisse quelques pas de danse : la foule entre en transe. S’en suivent allocutions, motions, et libations à la tribune. L’élu du jour s’amène enfin au pupitre, généralement paré d’une tenue qui créée l’emphase avec son auditoire du moment. Place aux 20 minutes réglementaires de salutations, de glorifications, d’autopromotion puis d’exhibition du programme, pardon des promesses du candidat. Là encore, surprise si vous étiez de l’étape précédente. Les fondamentaux changent selon le terroir, la vision est un élastique qui s’adapte aux impératifs de la cueillette de suffrages. Les projets eux-mêmes s’entrechoquent et s’annulent sur l’autel du wagonnage politique. Une route par ci, un centre de santé par là, l’auto-emploi des jeunes ici, la couverture sociale de la corporation informelle des zémidjans là bas. Tout pour plaire jusqu’à ce qu’on y regarde au fond.
J’ai voulu prendre simplement le thème central de la réforme et de la modernisation de la sphère publique qui, au jour d’aujourd’hui, n’a pas le traitement qu’elle mériterait dans ce pastiche subtropical du débat d’idées. Je ne reviendrai pas sur la question des programmes politiques. A cette étape aucun candidat n’a pu en présenter un de complet et largement disséminé et cela n’intéresse pas (encore) forcément les masses au-delà des zones urbaines à forte densité de lettrés qui se baptisent pompeusement « intellectuels » et auxquels le bon général des filaos à adjoint le sobriquet de « tarés ».
Ce thème me tient particulièrement à cœur car il se rattache directement à mon quotidien, à ma formation et à ma profession. Mais également parce que de sa faible prise en compte dépend en grande partie l’échec programmé du Président qui serait investi le 6 Avril prochain. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs autant qu’on n’obtient pas non plus d’omelette en plongeant l’œuf tout nouveau et tout beau dans une poudrière comme notre administration. Nous avons parcouru et synthétisé les programmes de 11 des 14 candidats à la Présidentielle et grande fût notre déception en la matière. Déception sur les offres politiques et sur les méthodes sommairement définies. En effet, dans un état comme le nôtre, la base même du développement reste la réforme de l’état pour l’adapter à l’impérieux tryptique « modernité, efficacité, qualité ». Les candidats ont largement éludé la question et très peu détaillé leurs ambitions. Hormis chez Adrien Houngbédji sur la modernité (NTIC & Administration notamment), Abdoulaye Bio Tchané sur la qualité du service rendu à l’usager et la réforme des marchés publics et Jean-Yves Sinzogan sur la performance publique interne (responsabilisation des agents) comme externe (accompagnement du secteur privé). A l’actif du candidat Boni Yayi, nous devons mettre le point non moins important de l’organisation de toute l’architecture administrative, depuis l’élaboration du budget jusqu’à l’inspection des finances publiques.
Nous attendions nos présidentiables sur des solutions claires sur les enjeux à relever pour notre administration centrale à commencer par :
-la planification : à défaut d’une coordination des activités et d’une cible, tous les efforts seront vains. Adopter une planification sur cinq ans, durant la première étape, comme l’ont fait les pays communistes. Puis, passer à une planification sur une période de 10 à 30 ans. Les plans fixent les responsabilités. L’exécution des tâches et la mesure des résultats sont attendus de chaque département et de chaque fonctionnaire. Des évaluations à mi-parcours permettent de procéder à des réaménagements systématiques.
-la corruption : la corruption zéro est impossible. Mais, quand la corruption est partie prenante de la culture d’un pays, alors on ne peut rien faire pour l’endiguer. Une solution intermédiaire consiste à raccourcir les processus et délais de décision. Comment ? Par l’introduction systématique de manuels de procédures pour tout type de tâche et des diagrammes de GANTT pour tout fonctionnaire et autres. Cela ne veut pas dire que la corruption aura disparu, mais elle ne pourra plus compromettre fondamentalement le développement du pays.
-la nécessité d’une information fluide dans tous les secteurs économiques. Cela permet de mesurer nos forces et nos faiblesses dans un secteur donné, de déterminer, au niveau régional et international, les fonds disponibles à l’investissement dans ce secteur, la disponibilité des infrastructures, de la main d’œuvre puis de solliciter les entreprises nationales pour enclencher des programmes.
-la fiscalité : il s’agira également d’opérer par ce biais les impérieuses réformes de la fiscalité béninoise, seules à mêmes de libérer l’investissement dans notre pays et également d’aider à la promotion d’outils de justice sociale comme l’assurance-maladie. Oui, aucune assurance maladie viable n’est possible si nous ne ramenons pas le secteur informel dans l’économie réelle, si chaque béninois n’a pas une existence fiscale !
-le renforcement la conduite du changement en dotant chaque unité ministérielle d’une équipe dédiée à la modernisation et animée par des professionnels puis la création dans les services administratifs en contact avec les entreprises et les particuliers, d’une fonction « innovation, recherche et développement »
- la culture de la performance par la reddition de compte mais également la mise en place d’instruments de mesure de la performance collective et individuelle
-la diversité dans la fonction publique en allant progressivement sur 5 ans vers la parité hommes/femmes dans les concours publics puis en donnant un poids de 30% de la notation finale aux qualités personnelles du candidat, ses compétences non académiques (langues et informatique), son aptitude à la résistance au stress et aux changements
-la définition sur une période de 5 ans des caractéristiques exigibles pour se porter candidat à chaque catégorie d’emploi public afin de pouvoir adapter l’offre aux réalités du marché et aux besoins réels, toute autre besoin pouvant être couvert par des mutations internes
-la mise en place avec des professionnels de la formation et du conseil, d’un plan d’accroissement des moyens dédiés à la formation initiale comme continue des agents publics, en totale rupture avec le cercle vicieux des fora, symposiums et autres séminaires-ateliers
-la réalisation dès 2012 et sur 5 ans maximum d’un véritable bilan de compétences pour tous les agents de catégorie A et B de l’administration béninois afin qu’à l’horizon 2016, en plein « papy boom », l’on puisse avoir une idée claire des besoins en termes d’agents d’encadrement et de maîtrise et orienter les filières éducatives (ENAM, ENEAM, CPU) ou de formation interne
-la mise en place d’un système plus attractif et plus motivant pour les agents de catégorie A par l’introduction d’un système de résultat partiellement fonction des résultats.
-la meilleure gestion des relations avec les syndicats en créant sur le modèle des comités d’entreprise du secteur privé, de véritables instances de concertation/information
-la diffusion des bonnes pratiques qui se développent dans les services publics en utilisant les services de professionnels et en organisant des journées portes ouvertes de l’administration en direction de ses usagers institutionnels (CCIB, Patronat, CIPB, ADEX etc) comme particuliers, durant lesquelles les expériences les plus intéressantes (échecs ou réussites) seraient exposées, commentées et enrichies.
-le développement d’une communication publique nationale (Service d’Information du Gouvernement) mettant en valeur le fait que les services publics changent, que leurs agents évoluent et que les béninois dans leur ensemble en bénéficient et en bénéficieront de mieux en mieux s’ils changent également de mentalité face à l’administration.
L’utilisation renforcée et généralisée des nouvelles technologies viendra alors à point nommé pour accompagner ce renouveau de la sphère publique, améliorer la productivité, renforcer les procédures de contrôle et démocratiser l’administration en la muant en véritable service de proximité par le biais de programmes d’e-administration culturellement bien adaptés aux agents comme aux utilisateurs.
En dernier lieu, nous nous sommes intéressés à la question du transfert de compétences et de ressources financières aux collectivités locales. Ce sujet est devenu l’un des débats majeurs de la campagne électorale et les candidats rivalisent d’ingéniosité pour séduire les élus locaux, véritables rampes de lancement vers les électeurs aux quatre coins du pays.
Quelques questions de fond se posent néanmoins et ne devraient pas être occultées :
-qu’en est-il de l’organisation administrative de nos collectivités locales, aussi bien au plan de l’architecture du système de gouvernance dans les communes que des compétences techniques disponibles ? A quand une véritable fonction publique territoriale, encadrée et dynamique au service du développement local, avec ses métiers spécifiques ?
-qu’en est-il des attributs de souveraineté de nos communes, à commencer par les bâtiments publics devant abriter au moins de façon décente et sécurisée chaque Mairie et chaque chef lieu d’arrondissement ? A-t-on réfléchi avant de déverser des milliards sur nos localités, aux plans directeurs et aux schémas d’urbanisation (ou de préservation de l’espace rural) ? S’est-on donné une idée de la ville béninoise à l’horizon 2025 (Cité Alafia) ? Il suffit de voir la croissance sauvage de Calavi pour mesurer l’importance de ces questions.
-comment prévoir de transférer de si importantes ressources vers les communes sans avoir régler au préalable la question de la gestion financière en leur sein et du contrôle de gestion par la tutelle ? Ne faudrait-il pas avant tous transferts de fonds, assister d’urgence (avant les municipales 2013) la mise en place d’une véritable fonction « inspection » au sein de chaque commune du Bénin puis créer une cellule dite de l’ « Inspection Générale des Collectivités Locales » pour accompagner au plan national, une explosion budgétaire qui contient autant d’espérances que de risques de dérives ?
Lionel Kpenou-Chobli
Conseiller en Affaires Juridiques et Publiques
Beaucoup la fustigent, bien d’autres la dégustent : la fête de la Saint-Valentin dite ” fête de l’Amour”. Depuis quelques années, sous l’impulsion surtout des opérateurs GSM, bien de béninois s’y sont mis, confirmant ainsi une certaine forme de modernisme et sacrifiant aussi à l’attrait des pulsions consumméristes du monde développé. Ne sommes-nous pas sensés être émergents après-tout ?
En ce qui me concerne, cette date du 14 Février donnait 3 occasions significatives aux Candidats à l’Election Présidentielle de Mars prochain. Ils ne l’ont malheureusement pas sérieusement saisie.
1-Prendre publiquement leurs responsabilités quand à la maldonne LEPI qui tel un feu brulant couvre dans le pays et dans les coeurs, ravivant ça et là, la flamme putride de l’ethnocentrisme et du régionalisme au travers des invectives et contre invectives échangées entre chapelles politiques le week end dernier. Il faut qu’on sache clairement, à l’heure qu’il est quels sont les candidats pro-LEPI ” en l’état ” et les protagonistes anti-LEPI ” d’exclusion “. Car s’il faut se dire la vérité, tous les béninois savent que même à la date du 6 Mars, les problèmes ne seront certainement pas réglés. Il faut donc dans l’urgence permettre aux béninois de savoir, lesquels ou non des candidats se sentent prêts à marcher sur les cadavres citoyens (mort civile et politique des non-recensés et des non-enrôlés pour théoriquement 10 ans) pour accéder à pas chassés vers le fauteuil suprême. Nos 14 rescapés du naufrage du Majesty doivent pourvoir au delà des envolées verbales, se positionner face aux institutions et à la nation sur les solutions pratiques ou alternatives qui existent.
2-Les Projets de Société : Il est vrai que nombre de béninois font leur choix politique sur des critères qui échappent totalement à cette tradition de l’écrit et du programme d’action. Il est certain que le clivage politique actuel, exacerbe les passions fanatiques et libère les instincts primaires en vue d’un vote géopolitiquement marqué. Mais tout analyste sait également que quoi qu’il arrive, le scrutin sera en définitive serré. Les habitués se souviendront d’ailleurs qu’à 100.000 voix prêt, le baobab Nicéphore Soglo avait été prié de rejoindre l’histoire en 1996. C’est dire qu’aucun électeur n’est à négliger. Et il suffit pour cela de voir le succès grandissant des initiatives menées par des associations comme Cap’Jeunes, l’IREEP, Fors Elections et même le Clergé, pour saisir la réalité d’une dynamique, même mineure, dans la société : celle des projets de société. Cela tient à mon avis à 3 choses essentielles : la polémique autour de la prestation quinquennale de ” l’intrus qui connaissait la maison “, l’émergence démographique d’une classe bientôt incontournable de citoyens-electeurs : les jeunes (25-40 ans) urbains, diplômés et ouverts sur le monde puis enfin, la distorsion entre les promesses du renouveau démocratique et ses réalisations. Une distorsion qui au delà d’une certaine déception teintée de fatalisme, a bousculé l’amour-propre de toute une classe de béninois qui se voient disputer désormais la place d’élève modèle de la démocratie en Afrique. Un zémidjan n’a t-il pas dit ” Si c’était en 1991, 1996 ou même 2006, Obama n’aurait eu d’autre choix que de descendre à Cotonou et non à Accra “.14 Février 2011 : J-21 et seulement un programme rendu entièrement disponible, celui du candidat Boni Yayi.
3- Le Conseiller en Affaires Publiques et en Communication Politique, s’offre à vos dépens une petite fantaisie : élection sérrées, jeunes désabusés, bientôt 53% de femmes au Bénin, enjeu stratégique du vote urbain (transethnique) … Cela ne vous donne pas une idée ? Une petite opération de charme d’un candidat en direction de ce public féminin pour la symbolique de la Saint-Valentin. Allez, ça n’apporte pas forcément des torrents de voix mais ça soigne légèrement le capital-sympathie et l’image de modernisme sinon de jeunisme que tentent de s’offrir chacun des candidats ces dernières semaines. Avez-vous remarqué que le polo transcende ces derniers jours le costume et que les baskets dament le pion aux richelieux ? Ils ne sont pas encore tout à fait à l’aise dans leurs nouveaux déguisements semble t-il.
Demain est un autre jour, espérons qu’il sera meilleur !
