Dieu ne nous a pas donné le Bénin pour cela


J’ai voulu paraphraser Feu le Président El Hadj Omar Bongo Ondimba, qui affirmait avec amertume lors de son discours à l’occasion du 40ème anniversaire de son accession au pouvoir : « Dieu ne nous a pas donné le Gabon pour en faire ce que nous sommes en train d’en faire ». Aveu d’impuissance peut être mais formidable autocritique et interpellation pour chaque citoyen. Les esprits forts me diront que comparaison n’est pas raison et que le Gabon n’est pas le Bénin. Je leur répondrai que l’expérience des autres peut être un bon maître d’école.

Les 40 ans de règne du Président Bongo n’ont point de commune mesure avec les 20 ans du Renouveau Démocratique, c’est certain. Mais ce que nous avons fait et sommes en train de faire de cette démocratie, de cette liberté, finira par ne nous inspirer guère plus de satisfaction et de bonheur. Le Bénin est à la croisée des chemins, soumis à un flux tendu de crispations, ritournelles d’une paix sociale qui serait menacée et d’une concorde civile qui n’attendrait plus que la curée. Dieu ne nous a pas rendus libres le 1er Août 1960 pour que nous en arrivions là, à ces cycles d’espérance et d’allégresse qui accouchent de déceptions et de soubresauts.

Le Président Félix Houphouët-Boigny l’a dit en son temps : « La Paix n’est pas un vain mot, la Paix c’est un comportement ».

Au point ou nous en sommes arrivés, il est important que chaque responsable politique, chaque acteur social, et plus largement chaque citoyen s’interroge sur son comportement et son apport véritable à ce credo quotidien que doit être le «Vivre Ensemble ». Car c’est lorsque nous ne nous parlons plus, lorsque nous ne nous regardons plus et que nous privilégions sans cesse la force au dialogue, l’intérêt à la concorde, la domination à la persuasion que notre pays bascule dans l’incertitude et les sables mouvants de la tension sociale. C’est dans ces moments là que par le passé nous avons été taxés d’enfants malades de l’Afrique, c’est dans ces moments là que certains ont voulu prendre l’initiative de la division à travers le projet de République de l’ « Atabor » (Atakora-Borgou) et c’est aussi par ces comportements là que nous avons favorisé l’émergence en son temps d’un régime militaire restrictif des libertés publiques.

Qu’il nous souvienne à tous, dans nos élans partisans, dans nos propos engagés, dans nos visions entêtées, que nous n’avons qu’un seul pays, et qu’à regarder autour de nous, il n’est pas certains que nous en voudrions d’autre. Qu’il nous souvienne que dépourvus de ressources minières, nous avons d’autres opportunités : l’intelligence de notre peuple, les compétences de nos cadres, les atouts d’une position géographique confortable, le terreau fertile de nos campagnes, l’inventivité de nos artisans et que c’est la stabilité de notre pays et la qualité de la gouvernance qui peuvent faire fructifier tout cela.

Plutôt que tenter le diable afin qu’il fasse de nous une Prusse sans discipline, d’une Amérique sans âme, une Chine sans industrie ou que sais-je encore, efforçons nous de travailler à devenir ce que nous pouvons être.

Personnellement, je me permets de voir le Bénin du Futur comme une Suisse puissance 10. Puissance 10 car en même temps que la stabilité politique et la coexistence pacifique avec nos voisins, nous pourrons nous adosser à un puissant voisin(Le Nigéria), offrir des services de haute qualité et à forte valeur ajoutée, devenir une plaque tournante et multimodale de transport, une destination touristique voire éco-touristique prisée, un hub régional d’éducation et de santé, un vivier culturel rayonnant. Et bien d’autres choses encore. Nous le pourrons si nous nous lançons dans l’enracinement ferme des bases démocratiques, dans la culture du dialogue permanent et sincère, dans l’éradication des comportements autocentrés qui vicient l’atmosphère.

Pour la Paix, aucune énergie n’est inutile mais la vraie quête de la Concorde, se trouve en nous-mêmes Béninois. Ni dans les slogans, ni dans les invectives, ni sur les pavés. Dans les cœurs. A nous de savoir si nous aimons assez le Bénin pour cela. Si nous croyons assez en lui pour ce faire. Car si l’on a l’habitude de dire que « Dieu aime le Bénin », voici venu le moment pour nous-mêmes Béninois de démontrer que nous l’aimons encore plus. Au-delà des «  Forces », des « Unions », des « Groupes » et des « Coalitions » de tous ordres. En faisant preuve de responsabilité et de maturité afin que le Bénin ne vogue à la dérive. Nous, Jeunes, surtout, qui avons encore tant à faire, tant à construire, tant à gagner pour ce pays.

Si le grand bond en avant annoncé n’a pas marché, pas sûr que le retour en arrière soit pour autant la solution. La solution, vous la connaissez, c’est la Jeunesse, quand elle voudra.

Lionel Kpenou-Chobli

Conseiller en Affaires Juridiques et Publiques

https://lionelchobli.wordpress.com

Dieu ne nous a pas donné le Bénin pour cela

3 réflexions sur “Dieu ne nous a pas donné le Bénin pour cela

  1. Roch BETE dit :

    Cher ami !

    Ce que vous arguez là est sans commentaire, te on ne peut que se taire devant la perspicacité de votre discours, et prendre le temps de réfléchir à la chose … car si Dieu aime le Bénin, il n’aime pas moins, ni le Togo, la Côte d’Ivroire, la RDC ou le Rwanda …

    Si la situation au Bénin est ce qu’elle est, c’est juste dû à une succession de générations inconscientes et tournées vers leurs ambitions personnelles illégitimes au détriment du plus grand nombre … Il me semble que ce qu’il réformer, c’est le BENINOIS et non le BENIN, ni ses INSTITUTIONS….

  2. Fabrice dit :

    Salut Lionel et merci pour ce coup de gueule encore très analytique. Ce qui m’intéresse moi, c’est nous les jeunes. Je ne comprends pas pourquoi notre génération s’acharne toujours à arborer les manteaux de Saint et se permet trop souvent le vilain luxe de juger les aînés. Ne dit-on pas que: ? Nous jeunes béninois d’aujourd’hui pour la majorité ne sommes engagés dans aucune action pratique participative au développement de notre pays. Tout ce qui nous intéressent, c’est comment faire de l’argent. A cette allure de désintéressement totale à la chose politique et aux questions de développement, nous nous verrons infligés par les générations futures de pires critiques et injures que celles que nous infligeons avec une fierté honteuse à nos aînés. Ces derniers ont faits ce qu’ils ont pu. Réjouissons nous de l’indépendance, de la démocratie et du nom de quartier latin qu’ils nous ont faits gagner. Et soyons conscients que les 50ans à venir nous appartiennent pour écrire de belles pages pour le Bénin

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s