Le Béninois de l’Extérieur : un sous-Citoyen par Excellence ?


« Vous de la diaspora, vous n’avez pas droit à la parole », « Vous parlez de choses que vous ne connaissez pas » ou encore « Vous vous êtes déjà à l’aise ». Que de sempiternelles ritournelles à l’adresse des béninois de l’extérieur, entendues aussi bien en famille, dans les cercles de discussion que dans la bouche de responsables politiques. En gros, il faudrait accepter qu’une fois établi hors du Bénin et pire hors d’Afrique, le citoyen béninois devienne un sous-homme.

Sous-citoyen au triple plan politique, économique et social. Utile pour l’aspiration de ses fonds à travers les transferts d’argent et les cas d’assistance urgente aux parents et amis. Bienvenu pendant les vacances d’été et de noël avec son lot de cadeaux et d’offrandes. Accepté également lorsqu’il publie panégyriques et hagiographies d’aspirants présidents en vue d’influencer ceux restés au pays. Sorti de là, point de place dans le débat public pour cette diaspora.

S’il m’a plu de m’intéresser à ce phénomène, c’est je l’avoue, en raison de nombreuses remarques émises depuis la naissance de ce blog et qui tendraient à nous dénier (vous et moi), le simple droit d’expression objective sur la marche des affaires publiques au Bénin. Drôle d’idée dans un pays qui se voudrait phare de la démocratie en Afrique, pays de droits de l’homme et d’hommes de droit à défaut d’être toujours droits.

Politiquement, la diaspora béninoise n’existe pas. En ont décidé ainsi, les gouvernements et parlements qui se sont succédé, bien aidés en cela par les tenants d’une certaine diaspora. Il est devenu systématique d’exclure l’immense majorité de ces 1.3 millions de béninois des joutes électorales à travers un procédé très simple voire simpliste dans un pays qui réunit autant d’intelligences. Pour effectuer son devoir civique, il faille disposer d’une carte consulaire datant d’au moins 6 mois avant la date de recensement électoral. Bien. Mais ou se trouvent les Béninois et ou se trouvent les Ambassades et Consulats ? Comment ont-ils fonctionné durant des années si ce n’est comme des cours du Roi Pétaud dans lesquelles le citoyen-usager rencontre moins de considération que la machine à café ? Notre état est-il si aveugle et si imprévoyant pour ne pas profiter des nouvelles technologies démocratisées dans les pays d’accueil, afin d’adopter l’inscription électronique dans les consulats et le recensement électoral électronique ? Il y a pourtant de jeunes et brillants informaticiens, résidant et formés au Bénin qui sont capables d’implémenter ce genre de solutions. A-t-on finalement peur du vote de cette diaspora indépendante des orgies politiques, des tyrannies économiques sur fond de chantage fiscal  et des pressions sociales ? Craint-on que la mobilisation de ce corps électoral (qui représenterait virtuellement l’équivalent du score de l’actuel président au 1er tour) ne vienne bousculer les résultats ?

La diaspora elle-même gagnerait à se responsabiliser. Déjà en sortant des clubs aveugles de soutien à des politiciens qui ne leur servent à échéance quinquennale que ce qu’ils veulent entendre. Cette même diaspora difficile à prendre au sérieux quand elle se mobilise par centaines pour les réunions et meetings autour des candidats de passage à Paris, pour n’en arriver qu’à 489 votants aux élections de 2006. Ensuite, en rendant crédibles, démocratiques et utiles leurs organismes de représentation. Le Haut Conseil des Béninois de l’Extérieur ? Noble dessein resté en rade durant des années, faute d’une politique de communication et de mobilisation dynamique, faute d’une stratégie politique déterminée et balisée, faute surtout de projets visibles et fédérateurs. Combien de béninois et surtout de jeunes s’y intéressent ? Il serait de bon ton que de grandes rencontres puissent se tenir entre autorités et associations actives de la diaspora dans chaque pays afin de redynamiser voir de refonder les structures, les idées et les projets pour obtenir des choses concrètes.

Au plan économique, quel est la participation de la diaspora au développement du Bénin ? L’enrichissement d’Air France ? La croissance de Western Union ? Le développement des cartes Africa Call ? L’épargne disponible de la diaspora béninoise est immense. Ses idées grouillent mais ses projets ne se réalisent pas. Combien de personnes établies à l’étranger ne payent pas les soins de leurs parents, l’écolage de leurs frères, la formation de leurs sœurs, le fonctionnement de tel petit dispensaire ? Et pourtant, ça ne suffit et ne saurait suffire à changer les choses. Pourtant les partenaires objectifs à la réalisation de grands projets existent. Ils s’appellent l’Etat, les banques, les compagnies d’assurance, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin ou encore la Chambre d’Agriculture. Ces grands projets pourraient être un hôpital de référence en partenariat public-privé avec un fond de roulement subventionné par les béninois de l’extérieur (l’Etat apportant l’immobilier et du personnel, les privés nationaux finançant les équipements), un système national performant de micro assurance santé, un centre de formation professionnelle continue au sein de la CCIB, un fonds de développement de l’agriculture vivrière et tant d’autres idées. A condition que des cadres soient institués et des bases de coopération saines posées. A condition aussi que ceux de la diaspora comprennent les réalités locales et n’imposent pas la puissance de l’argent ou du «  j’ai vu ailleurs » sur la praticabilité des équipements à fournir. Au niveau de l’état lui-même, promotion n’est jamais faite des dispositifs de financement de projets en direction de jeunes diplômés ou entrepreneurs de la diaspora. Pourquoi donc ?

Last but not least, quelle est la place sociale du « Benext » ? Totalement béninois et considéré comme tel ? Plutôt déconnecté ? Là encore, il faut plus de mesure d’un côté et de tolérance de l’autre. La double culture a permis à des nations aujourd’hui prospères d’aller beaucoup plus vite (Israël en est un parfait exemple) car les candidats au retour n’ont pas eu à affronter en plus du dépaysement, les coups de leurs compatriotes. Coups qui peuvent être de l’ironie, de la méfiance, de la jalousie, jusqu’à devenir de véritables entraves physiques, morales et psychologiques. L’une des sources du mal serait-il le comportement de certains compatriotes de l’extérieur qui, le temps de leurs vacances, s’adonneraient au commerce des illusions ou à l’insolence de la réussite comme s’ils ne seraient jamais plus amenés à rentrer vivre sur la terre natale ? L’individualisme doublé d’égoïsme n’est pas en reste puisque tout le monde occupé à crier à la jalousie et à hurler à l’aigreur de l’autre, les communautés se fissurent. Comment ne pas regarder avec envie le traditionnel apéro de rentrée des jeunes sénégalais de Paris ? Sommes-nous capables de relever ce défi là ?

Il est certain que le Bénin a besoin de sa diaspora et que la diaspora aime le Bénin. Preuve en est le phénomène des marches qui favorise la circulation sanguine ces derniers temps à Pobè, Cotonou et autres et qui s’annonce à Bonn, Paris et Washington dans les jours à venir. Les Béninois de l’extérieur veulent protester contre leur exclusion des prochaines élections présidentielles.

Représentation politique, participation économique et insertion sociale : trois défis à relever pour le Bénin et sa diaspora. Reste à trouver les hommes désireux de s’impliquer.

Lionel Kpenou-Chobli

Conseiller en Affaires Juridiques et Publiques

https://lionelchobli.wordpress.com

Le Béninois de l’Extérieur : un sous-Citoyen par Excellence ?

2 réflexions sur “Le Béninois de l’Extérieur : un sous-Citoyen par Excellence ?

  1. Bonjour Lionel, et merci pour cet article.

    Votre analyse de la situation souligne l’importance de la diaspora béninoise dans le développement du Bénin, tant par les transferts de compétences que par les transferts d’argent. Les pays en développement reçoivent des sommes considérables des migrants partis travailler sur d’autres continents, mais la crise et le manque d’information et de concurrence empêchent cet argent d’agir pleinement sur le développement.

    C’est pour remédier à ce problème qu’a été créé cette année le site http://www.envoidargent.fr/. Basé sur les informations et contributions des acteurs du transfert d’argent (envoyeurs, banques, bénéficiaires), le site vise à optimiser l’impact des envois d’argent sur le développement. L’idée est de rendre le transfert d’argent plus compréhensible, mais aussi plus accessible à tous, notamment par le biais d’un comparateur des coûts de transferts entre les différentes offres du marché. Pour le Bénin, par exemple, le comparateur est disponible ici : http://www.envoidargent.fr/comparateur/BJ.

    Aussi n’hésitez pas à rejoindre cette communauté unique, qui grâce aux contributions et aux idées de chacun, permettra aux migrants de mieux participer au développement de leur pays d’origine.

    Vincent, pour l’équipe éditoriale Envoi d’argent

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