FBI contre KGB : La Guerre Chaude de la Jeunesse Béninoise


Loin de moi l’idée de revêtir le manteau de moraliste d’un jour pour stigmatiser des tendances observées au sein de notre jeunesse. Je reconnais d’emblée n’en avoir ni la légitimité ni l’étoffe. Pas même le droit. Il se fait simplement que dans l’analyse des phénomènes qui retardent le rayonnement de la jeunesse au Bénin, sa vitalité, sa crédibilité et son émergence en tant que force sociale, nous ne saurions occulter la question de la montée galopante du libertinage sexuel à forte valeur ajoutée. Je veux nommer le commerce sensoriel, l’échange plaisiriste rémunéré, la prostitution. Une prostitution que je qualifierais de « civile », car n’ayant rien à voir avec celle bien connue, tolérée de jour comme de nuit à certains grands carrefours de nos villes, et immortalisée par les Champs Elysées nocturnes de Cotonou sur lesquels les boutiquent ne s’appellent plus Vuitton ou Dior mais bien Dangereuse, Afiavi ou encore Charity.

Nous parlons plutôt de cette tendance inflationniste qui comme un gangrène s’empare de béninoises de plus en plus jeunes, et qui consiste dans une légèreté totale teintée de banalisation sociale, à rechercher par la location de ses attributs corporels, le supplément de consumérisme, d’outrance ou parfois tout simplement de confort qui fait défaut au quotidien. Ce matérialisme à peine nié, souvent encensé et frénétiquement pratiqué, devient source de perdition morale, de destruction psychologique et de ruine physique pour celles qui le pratiquent. Le sexe à but lucratif devient un boulot d’appoint pour une frange grandissante de nos jeunes femmes. 61% des femmes de moins de 35 %, selon un sondage effrayant effectué par une ONG catholique, conçoivent le sexe comme le plus sûr moyen d’obtenir des avantages matériels immédiats et le plus utile pour des avantages différés. Juste avant se trouvent le mariage d’intérêt et juste après vient la compétence professionnelle. Autant dire que la nouvelle société béninoise du XXIème siècle piétine avec allégresse le code moral de ses parents. Sacrifiant les valeurs essentielles de dignité sur l’autel du Dieu Argent et de ses assistants terrestres : vêtements de luxe, portables dernier cri, bijoux captivants, fragrances enivrantes, voitures rutilantes. Ce sont celles là qu’il nous a plu de nommer FBI (Femmes Businesswomen Insatiables). Des services de sécurité d’un autre genre.

Bien entendu, il faille rechercher les causes profondes du phénomène dans la misère matérielle qui frappe nos populations, dans la succession de crise économiques et alimentaires qui embrochent des catégories entières de béninois sur le grill de la paupérisation.

Bien entendu, il faille entendre le cri d’une jeunesse qui chôme tandis que les puissants lui offrent sur un plateau, le spectacle de la luxure subtropicale. Bien entendu, il faille se pencher sur la relative désespérance d’une jeunesse qui n’a plus de modèles sains, qui ne croit plus en l’Etat, qui ne se reconnait pas une place de choix dans la société. Coincée qu’elle est entre le feu brûlant de ses ambitions et la douche froide d’un système qui la confine, l’étouffe, la pourchasse de déceptions en collisions fatales avec de très dures réalités.

La politique de la mercantilisation sexuelle devient donc une échappatoire pour se construire un style de vie, véritable palliatif à une faible qualification qui découle d’une couverture éducative insuffisante et bancale. La « grottoisation » devient un outil de promotion sociale ou, de tablées en droits de cuissage, les plus futées peuvent s’en sortir avec un emploi pérenne ou une affaire à gérer, un logis décent et quelque cagnotte pour faire bouillir la marmite familiale.

Car en effet, de l’autre côté de cette insipide avenue des plaisirs bancarisés, se trouve un flopée d’hommes qui dans leur avidité de pouvoir, de plaisir et d’exploitation des limites, jouent un véritable rôle d’aspirateur. Jeunes et moins jeunes, ils aguichent, allument, attirent, attisent, captent et entretiennent l’appétit de ses jeunes filles (déboussolées ou parfaitement conscientes) et en font des conquêtes de prestige, des signes extérieurs de richesse, des pièces de collection voire même des monnaies d’échange et de services.  D’hommes publics à magnats des affaires, de jeunes de la diaspora à arnaqueurs cybernétiques, ils entretiennent tels des maquereaux, une nuée de délurées qui les ensorcèlent nocturnement. Mieux, ils encouragent la campagne du vice contre la vertu en les cueillant de plus en plus jeunes et en les dévergondant pour ce qu’il reste, de pratiques allant du sadisme à l’occultisme. Les sages-femmes de nos services de gynécologie sauront vous montrer des résultats de  ces années de sexualité souterraine débridée et tarifée. Les personnels de nos services de psychiatrie pourront vous alerter sur la montée galopante des cas de suicides mais aussi de dépression mentale chez les jeunes femmes au Bénin. N’eût été la culture du secret et l’omerta pudibonde bien entretenue par notre société, certaines de ces jeunes femmes aimeraient vous conter leurs déboires pendant et surtout après leur plongée dans le cercle de ces hommes, pères de famille parfois, qui ont fait allégeance au KGB (Karaoké, Gonzesses & Beuveries) et à ses dérives.

Je vous l’ai dit en introduction, je ne suis ni moraliste, ni enseignant, ni critique social ni satyre d’un système qui de toutes les façons me dépasse. Comme tant de jeunes de par le monde, je me reconnais volontiers dans les activités de jeunes, la fête et les sorties. Cela participe d’un équilibre certain de l’être. Ce qui m’inquiète dans cette guerre chaude entre la mouvance FBI et le courant KGB et que j’ai voulu partager avec vous, c’est plutôt le désastre social qui nous guette, disons à l’horizon 2025. Misons que cette génération dont-il s’agit, sera globalement dans la fleur de l’âge et au summum de ses capacités productives pour la nation. Mais dans quel état y arrivera t-elle ? Etat sanitaire face à la propagation à peine voilée des maladies vénériennes et des IST chez nous. Etat psychologique face aux chocs qu’elle s’impose, aux séquelles d’une jeunesse absorbée dans les psychotropes et la débauche, les humiliations dont il faut être comptable quand les amants d’hier deviennent bavards. Condition humaine tout simplement face à cette dynamique d’abolition de la dignité.

Il nous faut donc circonscrire ce phénomène, en nous attaquant à ses causes qui sont socio-économiques. Lutte contre la pauvreté, éducation sexuelle, éducation académique, lutte contre le chômage des jeunes, protection et promotion de la femme. Là se trouvent des solutions pour que FBI et KGB déposent les armes afin que le Bénin ne devienne jamais comme Bénin City, cette ville du Nigéria dans laquelle chaque famille a au moins un de ses membres qui vit du commerce sexuel. A Jeudi prochain.

Lionel Kpenou-Chobli

Conseiller en Affaires Juridiques et Publiques

https://lionelchobli.wordpress.com

FBI contre KGB : La Guerre Chaude de la Jeunesse Béninoise

4 réflexions sur “FBI contre KGB : La Guerre Chaude de la Jeunesse Béninoise

  1. Adam dit :

    Tous deviennent amateur que sera la jeunesse de demain et s’il est vrai que C’est la jeunesse qui assure L’avenir d’un pays quel serai le sort du BENIN futur

  2. Zangoungbo ulrich dit :

    bonjour.juste pour vous dire que j’ai aime votre article.j’espere que de ces genres de messages pourront ramener les jeunes a la raison.du courage

  3. SALIM dit :

    Hélas encore une fois on se rends compte que les maux du Bénin sont profonds et nous la jeunesse sommes les premières victimes de cette débauche généralisée; à nous alors de trouver des solutions. Encore une fois M. Chobli, c’est bien dit!!

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