Débat Gbagbo-Ouattara : L’Acte II de la Leçon Démocratique Ivoirienne


Souvenez-vous, le 4 Novembre dernier, nous partagions avec vous une série d’analyses sur les leçons à tirer du 1er Tour de la Présidentielle Ivoirienne pour la démocratie béninoise. Nous insistions sur 5 points essentiels : liste électorale, commission électorale, modalités de candidature, communication politique et place de la Jeunesse dans le débat public.

Souvenez-vous que nous anticipions sur les esprits forts qui nous diraient que comparaison n’est pas raison et que la Côte d’Ivoire n’est pas le Bénin. Mieux, certains esprits, plus obtus encore, ont pu trouver que le Bénin était largement en avance sur le temps démocratique en Afrique et n’avait de leçons à ne recevoir de personne. Pire, quelques béninois, tapis sous l’opportun anonymat de l’internet, n’ont pas manqué de taxer votre analyste du jeudi de « plaisantin », « opportuniste », « déphasé » qui s’acharnait à «  ivoiriser à tout prix le Bénin ».

Mais voyez-vous chers amis, les faits sont têtus, têtus jusqu’à la limite de la collapse pour ceux qui emmurés dans des certitudes éculées et des conservatismes désuets, refusent de voir. Oui, ils refusent de voir les profondes mutations qui transforment l’Afrique et l’Africain. Ils s’obstinent à ignorer la montée en puissance d’une nouvelle catégorie de citoyens, déterminés, ouverts, modernes et fermés à la politique fondée sur les passions primitives. Ils se bornent à dédramatiser le souffle violent de la modernité, qui fait de la recherche de l’information juste, le crédo de toute une génération. Partant, ils se préparent surtout à de formidables désillusions politiques pour les mois et les années à venir.

A notre sens, la validité des analyses émises dans notre parution du 4 Novembre reste plus que jamais objective. Pas parce qu’elles émanent de nous, mais parce qu’elles sont le fruit de l’observation d’un processus politico-sociétal que ni le jeune, ni le sage, ni le citoyen lambda ni l’expérimenté décideur politique ne peuvent plus ignorer, sauf à vouloir s’offrir des stupeurs. Nous en voulons pour preuve, la lettre ouverte du Doyen Lucien Glèlé, Colonel à la retraite des Forces Armées, ancien Président du Conseil d’Administration de la Sécurité Sociale Béninoise et ancien Président du Patronat du Bénin. Cet observateur fin de la vie politique a largement illustré de nos analyses, sa démonstration sur les scénarii heureux ou malheureux qui s’offrent au Bénin en vue des Elections de 2011.

En pratiquement 1 mois et à moins de 4 mois de l’échéance présidentielle et législative de Mars 2011, en quoi avons-nous avancé au Bénin ?

La crispation LEPI n’a pas bougé d’un iota du fait de l’absence de consensus déjà maintes fois dénoncé entre les acteurs. Il urge de renvoyer non pas la réalisation mais l’utilisation de cet outil aux Municipales de 2013. Nous nous éviterions des frayeurs inutiles et des immixtions inopportunes (suivez mon regard) dans le processus électoral. Concernant la CENA, une fois de plus l’institution devra travailler dans l’urgence. A 3 mois des échéances, elle n’est pas installée et nourrit déjà comme d’habitude les appétits d’une classe politique qui voit dans le contrôle des opérations électorales, un impératif plus important que les propositions politiques en direction du peuple. La question même des modalités de candidature n’est nullement soldée puisque les députés entre eux, puis avec les juges constitutionnels, continuent le djimkana sur la question de la caution : 5 millions pour le raout médiatico-politique habituel ou 100 millions pour un nivellement par le haut et par la prise de responsabilité financière des postulants au fauteuil du bord de mer ? Pour ce qui est de la Jeunesse, moteur de tout projet de société, classe nécessiteuse d’aujourd’hui mais surtout dirigeante de demain, vivier de potentialités et puits de créativité qui ne demande qu’à être foré et exploité, nul ne semble s’en préoccuper réellement. Elle-même dans certaines de ses composantes, mange, boit, danse, chante, oise et toise en attendant l’aurore.

Chers amis, les préoccupations récurrentes du quotidien, les insuffisances criardes du débat public, la vacuité des idées et des solutions au service du développement, m’ont fait naviguer dans les eaux troubles d’un présent qui nous interloque et nous encloque dans le toc de l’agitation politique et le glauque des souffrances réelles du bas peuple.

Cet Acte II de la leçon démocratique que j’évoquais en titre, il s’agit bien entendu du formidable exercice d’éducation et de communication politique auxquels se sont livrés Messieurs Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara lors du débat d’hier soir. Mondovision d’un choc des personnalités, des ambitions, des visions et des projets pour refonder une nation et la projeter résolument dans l’avenir. Mondovision de l’enthousiasme, de la détermination, de la qualité et du leadership de deux africains de leur temps. Mondovision de ce que peuvent les anciennes colonies françaises cinquantenaires lorsqu’elles décident de prendre leur destin en main. Mondovision d’une Afrique qui est mûre pour sa démocratie à elle, qui ne renie pas ses valeurs, qui croit en son bonheur et veut le construire l’honneur. Le chapeau sera définitivement bas, si les résultats arrivent dans la paix et que l’élégance du vaincu prime sur la déception.

Débat tronqué, courtoisie hypocrite, tempête dans un verre d’eau diront les afro-pessimistes de toujours. Loin de l’idéalisme béat, nous pouvons leur dire : avancée démocratique, acquis politique, institutionnalisation insidieuse d’un mouvement qui ne pourra plus reculer. Car les meilleurs analystes de la politique ivoirienne évaluent de 3 à 8 points de suffrage, l’impact réel du débat d’hier. Car hier, de Google à Facebook en passant par Twitter et autres, nous avons vu toute une génération d’africains, de jeunes, rêver de voir l’exercice venir frapper aux portes de leurs nations. Nul besoin d’être devin pour savoir qu’à Kinshasa on a rêvé d’une confrontation Kabila-Bemba, que Dakar bruissait d’un éventuel match Wade-Niasse ou Wade-Tanor en 2012, que Lagos se serait bien délectée d’un Goodluck-Atiku  et qu’aucun citoyen gabonais ne récuserait un échange Ali Bongo Ondimba vs André Mba Obame un de ces jours.

Et nous autres béninois alors ? Continuerons-nous de penser que l’avantage de 1990 est resté figé ? Que les autres n’avancent pas et que la démocratie n’est pas une série d’actes concrets de construction mais une rente de situation ? Le Quartier Latin de l’Afrique ne pourra se priver de cet exercice politique en 2011.

L’Association CAP’Jeunes déjà l’a annoncé et réclamé à travers son projet Pacte Jeunes lancé depuis près d’un an et qui entend mettre des idées au service de la Jeunesse, tout en interpellant les candidats sur des thématiques d’aujourd’hui et de demain, indispensables à toute vision politique.  Il est certain qu’un large consensus des jeunes se dégagera pour exiger l’ancrage du débat en Mars 2011. C’est aussi cela la puissance des médias, c’est aussi cela la force de frappe d’internet : une fois qu’elle est lancée, aucun vent ne peut plus réprimer l’innovation.

A Jeudi prochain.

Lionel Kpenou-Chobli

Conseiller en Affaires Juridiques et Publiques

https://lionelchobli.wordpress.com

Débat Partie 1 : http://news.abidjan.net/videos/video.asp?cat=pol&n=4365

Débat Partie 2 : http://news.abidjan.net/videos/video.asp?cat=pol&n=4366

Débat Partie 3 : http://news.abidjan.net/videos/video.asp?cat=pol&n=4367

Débat Gbagbo-Ouattara : L’Acte II de la Leçon Démocratique Ivoirienne

Une réflexion sur “Débat Gbagbo-Ouattara : L’Acte II de la Leçon Démocratique Ivoirienne

  1. ESPERANCE MODEREE dit :

    Mon cher Fabrice,
    j’espère tout simplement que les dirigeants actuels du Bénin ne te prendront pas aux mots concernant les évènements en Côte d’Ivoire !
    Les Africains ne seront jamais pris au serieux s’ils continuent ainsi. On a beau ressortir qqs bons exemples louables mais cela reste une goutte d’eau dans la mer face à l’ampleur de l’indiscipline et du manque de vision à long terme. A mon avis, il faut arrêter avec les elections « democratiques » en Afrique. Trop d’argent gaspillé pour un résultat decevant !Il faut juste un conseil de sage pr choisir un dirigeant sur une durée bien défini. ça nous évitera bcp de pb ! A quoi bon transgresser les règles de la démocratie qd cela nous arrange et la clamer haut et fort quelques temps après ! sur ce coup, je peux te rassurer tt de même, il n’y a pas que les Africains qui soient expert en la matière, les « fondateurs » s’y prêtent au jeu aussi mais mais de façon moins grotesque j’avoue

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