Afrique : En 2010 le Sens de l’Honneur, en 2011 la maturité politique ?


Chers Lecteurs, Chers Amis,

C’est avec joie et plaisir que je vous retrouve après quelques semaines de coupure, consacrées aux Fêtes de fin d’année, période de choix s’il en est pour sustenter le corps et réarmer l’esprit. Moment de bilan aussi, avant d’aborder 365 nouvelles journées de labeur, d’action, de réflexion et de constructions au service de l’espérance individuelle et collective d’un monde meilleur, d’une morale sociale plus saine, d’un mieux être partagé entre hommes de toutes conditions.

Depuis bientôt 5 mois que nous arpentons ensemble le chemin de la réflexion sur les faits et enjeux politiques, économiques et sociaux du Bénin et de l’Afrique, vous avez été plus de 3000 connectés sur ce blog. Vos commentaires sur les pages Facebook, dans la presse béninoise et internationale ont dépassé les 500. Abondant dans le sens de mes analyses, les complétant, les ajustant et les critiquant voire les démentant, vous avez apporté le sel à nos débats, nourri nos esprits et nos consciences et finalement effectué un exercice qui manque cruellement au débat politique chez nous : la confrontation des idées, la diffusion de solutions, dans un échange sain, sans violence verbale aucune et en toute fraternité. Pour tout cela je tenais à vous remercier et à vous, à nous souhaiter une année 2011 encore plus active, encore plus nourrie en événements de choix et surtout riche de données et d’actualités positives à commenter ensemble.

C’est volontairement que j’ai voulu attendre le début de 2011 pour décerner mes bons et mes mauvais points pour 2010. Attente, je dois l’avouer, qui était nourrie par l’espérance d’un nouveau « cadeau de noël » pour le peuple ivoirien à travers la décantation de la situation politique ubuesque qui lui est imposée depuis maintenant plus d’un mois. Attente également alimentée par l’espoir d’un sursaut de patriotisme, de prévoyance et de clairvoyance dans la préparation des élections présidentielles et législatives au Bénin. Ni l’un ni l’autre des événements espérés ne s’est produit dans les temps mais j’ose croire que, l’intelligence étant la chose (dit-on) la mieux partagée entre les hommes, la fumée blanche ne saurait plus tarder à sortir des cénacles politiques ivoiriens et béninois.

A mon sens 2010 nous a offert 4 situations ou faits marquants qui chacun à leur manière vont structurer les théâtres sur lequel ils se sont produits

-Le Général de Brigade Sékouba Konaté : voilà un homme sorti de nulle part et qui en une année à su faire la quasi-unanimité autour de lui, en interne comme à l’extérieur de la Guinée. Militaire de profession, rompu aux tâches interafricaines de maintien de la paix ou d’interposition entre factions armées, le Général Konaté sait mieux que beaucoup à quel point la violence des ambitions politiques, la valse des intérêts particuliers, les jeux de couloirs et les effets d’ombre, peuvent se muer en puissance destructrice des peuples et des nations. Il a vu en Sierra Leone et au Libéria, des voisins se découper à la machette et des femmes vivre le spectre crucifiant des viols en rafale. En 25 ans d’armée et à l’ombre du Président Conté, l’homme a pu observer comment politiciens, administrateurs et diplomates manquent à leur parole et sacrifient l’ntêret et la cohésion nationale sur l’autel de l’argent et du pouvoirisme. Héritant du pouvoir à la suite des bévues, agitations et infamies sanglantes de son camarade d’autrefois Augustin Moussa Camara dit « Dadis », il s’est appliqué à nettoyer l’armée, à la rassurer pour qu’elle cesse d’être prédatrice. Il a favorisé la tenue d’élections ouvertes et libres, géré les egos des politiciens, leurs attaques aussi. A maintes reprises, il a menacé de s’en aller et de les laisser conduire la nation au chaos.

Sékouba Konaté a également fait des erreurs. Il a été avant tout un putschiste à la mort du Général Conté, il n’a pas su prévenir à temps les dérives de Dadis et de ses hommes, il est également comptable associé des retards accumulés dans l’organisation du second tour de la présidentielle et des quelques violences observées ça et là. Mais voilà surtout qu’il tient parole, promeut à la face du monde ces concepts qui me sont chers : l’Honneur et la Dignité. Le Tigre s’en va en laissant une armée encasernée, une constitution consensuelle, un président démocratiquement élu et des institutions qui seront progressivement renouvelées. De quoi faire rougir nombre de ces intellectuels de salon qui gouaillaient avec appétit contre ce « sac au dos », ce rustre, cet godillot à l’élocution difficile. Formidable leçon à l’endroit des afro sceptiques professionnels qui le voyaient s’accrocher au pouvoir d’état comme un ivrogne à un réverbère dans les rues de Paris. Il convient maintenant aux guinéens et en particulier au Président élu Alpha Condé de consolider, améliorer, fructifier le travail afin de donner à cette nation riche de ses ressources humaines, de son potentiel agricole, de ses réserves minières et pétrolières et de son potentiel hydraulique continental, la chance de la prospérité dans l’unité. En attendant nous disons « Chapeau Général » et « Au Revoir Mr le Président de la République » (titre qu’il a toujours refusé de porter). Sékouba Konaté est déjà loin, a la tête du projet de Force Africaine de Maintien de la Paix. Le sens du Devoir et de l’Honneur : ces notions qui font défaut dans le cœur, l’esprit et les actes de tant d’hommes d’état sur le continent.

-L’Economie de l’Afrique : c’est l’autre bonne surprise de l’année, relevée aussi bien par les organismes spécialisés ( FMI, Banque Mondiale, BAD, UEMOA, SADC) que par les fondations indépendantes comme celle de Mo Ibrahim. Dans un contexte global difficile, l’Afrique résiste bien et continue sa marche en avant, à un rythme de 4 à 7% en moyenne de croissance économique. C’est encore insuffisant pour accélérer le développement et connaître les fulgurances des états asiatiques et latino- américains mais c’est une dynamique intéressante qui a le mérite d’encourager les réformes et les initiatives. Notons cependant que les goulots d’étranglement restent solides et qu’il urge de les prendre à bras le corps : manque de démocratie, faiblesse et opacité des institutions, lourdeurs administratives, corruption endémique, faiblesse des échanges interafricains etc. Les solutions sont pourtant identifiées et répertoriées dans les orientations stratégiques de développement et les documents de stratégie de croissance pour la réduction de la pauvreté. Toutes les réformes utiles n’ont pas forcément un coût pharaonique. Beaucoup réclament simplement courage politique, rigueur, audace et révolution administrative à marche forcée. Cela pose la question du leadership, de la volonté et des capacités réelles de ceux que nous portons au pouvoir. Le jour ou nous comprendrons que le lien de parenté (vulgairement l’ethnie) ne fait pas la prospérité, l’Afrique se portera mieux.

-Alassane Ouattara aurait pu être l’Homme de l’Année à la suite du Général Konaté. Moins pour son parcours personnel et l’aboutissement éclatant de 17 ans de combat politique et extra- politique, que pour la célébration heureuse qu’aurait aimé faire l’Afrique toute entière du retour de la Côte d’Ivoire dans le concert des nations démocratiques mais surtout paisibles. Du fait d’un homme et de son obsession du pouvoir, du fait d’un clan et de son irascibilité à faire de la violence un modus operandi en politique, la situation se trouve crispée avec en ligne de fond, l’éventualité d’une opération militaire selon la méthode nigériane dite de « kill and go ». Ce qui est déplorable, c’est peut être d’avoir autant fait rêver, d’avoir à ce point tutoyer les sommets pour retomber comme un soufflé. C’est aussi cette fausse posture anti- impérialiste, cette harangue pour ne pas dire cette morgue, la bave à la commissure des lèvres pour tenter de justifier autrement la tricherie, la farce.

Je me réclame des naïfs qui ont cru (comme Béchir Ben Yamed le disait récemment), que Laurent Gbagbo avait de l’honneur et de la parole. Relisez son interview de Novembre (1ére semaine) 2010 et vous saisirez à postériori que l’individu n’est que ce qu’il dit : « J’y suis, J’y reste ». Avec un formidable aplomb pour le dédit. Sens de l’Honneur quand tu nous lâches.

J’ai eu la naïveté d’y croire parce que j’aime la Côte d’Ivoire, je crois en son formidable potentiel économique, en sa brillante génération de cadres émérites, dynamiques et inventifs (Charles Diby Koffi, Thierry Tanoh, Jean-Louis Billon, Bernard Dossongui Koné, Tidjane Thiam …). Je crois irrémédiablement en son rôle de locomotive de l’UEMOA et de tête de pont de la CEDEAO aux côtés du Nigéria, du Ghana et du Sénégal voire demain de la Guinée.

-Enfin, ma seconde déception vient de mon cher Bénin. Berceau de la démocratie, Modèle autrefois de vivacité parlementaire et qui s’est noyé en 2010 dans une navette peu ragoûtante au sujet des lois électorales et de la liste électorale. Navette et jeu de Ping pong entre le Gouvernement, l’Assemblée et la Cour Constitutionnelle sur fond d’intrigues politiques et de calculs prospectifs. Le Bénin a dit-on une capacité intrinsèque à étonner le monde. Mais l’avenir et la construction nationale est-elle dans les coups d’éclat ? Les sursauts salutaires et les retournements spectaculaires ? A 2 mois des élections, pas de listes électorales, point de lois électorales et encore moins d’organe de gestion du processus. Drôle de pagaille qui, si on y prend garde, va semer les graines de la discorde de demain, des conflits d’après-demain et des situations enflammées qui pourraient en découler. Il n’y a pas de monopole de la paix ! Il est quasiment interdit de le dire et de prendre position mais de façon pragmatique, la majorité des béninois à compris que :

-la LEPI est devenue un tel point d’achoppement entre acteurs politiques et s’est constituée dans une telle précipitation, que son utilisation pour Mars 2011 serait une erreur stratégique
-les politiciens s’acharnent autour des lois électorales non pour doter le Bénin de nouvelles dispositions innovantes et efficaces, propices à la modernisation des débats publics et au rehaussement moral, intellectuel et social de l’acte de candidature à la Présidentielle ; mais qu’il s’agit bien plus d’imposer l’option qui sert le mieux la stratégie de chacune des parties opposées
-le niveau de tension politique, les dérives verbales et parfois physiques observées depuis quelques semaines, la rupture de dialogue et les échanges de quolibets, sont l’illustration d’une menace réelle de débordements à l’occasion des élections qui s’annoncent.

L’on est politicien en théorie pour servir le peuple. Sécuriser et pacifier les élections, ramener la balle à terre deviennent des impératifs urgents pour que 2011 reste comme les autres élections : une fête de la Démocratie. A 21 ans, le Bénin doit prouver qu’il a atteint l’âge de la majorité donc de la maturité politique en enrichissant ces élections d’un véritable débat de fond sur les fondamentaux du quinquennat 2011-2016. Car l’on ne pourra plus longtemps nous faire croire que les béninois sont incultes, grégaires et primaires. La Jeunesse fait désormais la majorité, elle a soif d’autre chose et saura clamer et réclamer.

La Jeunesse est la Solution et c’est un mouvement irrémédiable de transformation.

Lionel Kpenou-Chobli
Conseiller en Affaires Juridiques et Publiques
https://lionelchobli.wordpress.com

Afrique : En 2010 le Sens de l’Honneur, en 2011 la maturité politique ?

Une réflexion sur “Afrique : En 2010 le Sens de l’Honneur, en 2011 la maturité politique ?

  1. Adoukè dit :

    Je te présente mes meilleurs voeux de santé et surtout de bonheur mérité. Je reste convaincu que 2011 est le commencement d’une nouvelle ère ou la jeunesse se prendra plus au sérieux, se reconnaîtra dans ce qu’elle fait et s’imposera le moment venu. Ensemble nous y parviendrons et ensemble tout est possible. Je te suit en disant que le bon sens étant la chose la mieux partagée au monde, nous devons laisser de côté le régionalisme et ne pas créer de frontière entre nous.
    Suis entièrement de ton avis sur les personnalités ayant marqué 2010 surtout en ce qui concerne SEKOUBA et j’ajouterai KONDE…
    En ce qui concerne notre pays, ta déception est également partagée. Mais je crois que nos dirigeants ont finalement compris qu’il faut ramener la balle à terre pour organiser a bonne date les élections.
    Il ne peut pas en être autrement.

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