Et si l’Afrique se prenait elle meme en charge ?


La mondialisation est en cours. Son cours s’accélère, à la fois en raison des questions d’environnement, des problèmes d’énergie et de matières premières. Les crises actuelles – la crise pétrolière, la crise du dollar et la crise financière – vont encore accélérer le mouvement.

Dans la période actuelle, la répartition internationale du travail est en train de se modifier très rapidement. Il y a des opportunités à saisir, des défis qui sont lancés. Ces périodes sont celles où on peut rebattre les cartes et donc dans lesquelles l’Afrique a la possibilité de jouer un rôle particulier.

Nouveaux défis, nouvelles opportunités

Quels sont les défis et les opportunités qui se présentent à l’Afrique ?

S’agissant des défis, il n’y a pas de doute que les questions de la pauvreté et de l’alimentation sont revenues à l’ordre du jour de façon très forte, plus encore que les problèmes de santé qui étaient des problèmes traditionnels.

Deuxièmement, le défi de la démographie, très accélérée, et de la gestion d’un capital humain extraordinairement jeune.

Troisièmement, il y a le problème de l’urbanisme et des infrastructures, c’est-à-dire des grands changements qui sont impliqués par les mouvements de populations et par le développement.

Il y a enfin la question de la gestion publique et du problème de ce qui a été appelé la ‘cleptocratie’. Les opportunités ne sont pas moins importantes.

La première d’entre elles est que, dans la mondialisation, l’Afrique dispose d’avantages compétitifs considérables : l’espace – avec un continent quasi vide ; les hommes, avec un immense réservoir de main d’oeuvre ; enfin les matières premières, dont l’Afrique dispose en quantité — c’est un avantage compétitif et c’est un avantage géostratégique majeur.

Autre opportunité : le prix des matières premières, qui crée un avantage très important pendant une période déterminée, et la possibilité d’agir sur ce prix, avantage non moins important.

La dette aussi, qui a été traitée sur le plan international d’une façon positive.

Atout supplémentaire : le secteur privé n’est plus un sujet de débat, il devient un acteur bien compris et incontournable du développement.

Les domaines prioritaires

Le rôle essentiel de l’agriculture

Il est indispensable que l’Afrique assure l’alimentation de ses populations. Cela suppose qu’un certain nombre d’efforts soient réalisés. Tout d’abord au niveau de l’agriculture familiale, il ne fait pas de doute – sans oublier qu’il y a une différence entre croissance et développement – que le développement passe par le développement des populations, or la majorité des populations africaines reste agricole. Il est indispensable de développer cette agriculture.

Il faut le faire selon des mécanismes de marché : l’échec des politiques agricoles communes en Europe devrait conduire à en tirer des conséquences.
Ceci suppose d’abord que l’on traite la question internationale : la négociation de l’OMC est majeure pour l’Afrique, comme elle l’est d’ailleurs pour le reste du monde, et il faut absolument faire aboutir ces négociations.

Il faut en outre certainement traiter le problème de façon régionale car, l’Europe l’a montré, la politique agricole commune n’a marché que parce elle était régionale à l’échelle de l’Europe. A l’échelle d’un seul pays, c’était auparavant un des échecs des politiques françaises.

Pour l’agriculture nous avons mis en évidence un problème très important : celui du foncier. On sait que la propriété foncière est un des facteurs clés du développement de l’agriculture. Pour fonder l’entreprise agricole individuelle, il faut qu’il y ait un droit foncier, de même que pour asseoir des micro-crédits. Développer des financements de microcrédits par l’intermédiaire de mécanismes de garantie est sûrement beaucoup plus pertinent que d’essayer de subventionner les revenus des agriculteurs.

Le contrôle des matières premières

Dans ce domaine une question paraît complètement centrale : c’est un avantage compétitif partagé, et il serait complètement aberrant que l’Afrique abandonne cet avantage compétitif par des accords que chaque pays passerait de façon séparée, en compétition avec les autres, et dans lesquels ils abandonneraient en quelque sorte la force que représente cet avantage partagé. L’exploitation des matières premières est ainsi un deuxième sujet sur lequel une nécessité régionale apparaît.

En tout état de cause, les questions à traiter ont été clairement présentées : la transparence, pour savoir où va la rente ; l’exploitation immédiate de ce fruit des matières premières, c’est-à-dire le moyen de développer l’économie locale autour des matières premières.

Deuxième sujet – surtout ne pas gaspiller le fruit de la rente, c’est-à-dire réinvestir au maximum tout l’argent qui ne peut pas être immédiatement consacré au développement. C’est l’idée du fonds norvégien, meilleur exemple que l’on puisse donner parmi les fonds souverains qui existent aujourd’hui.

Les partenariats public-privé

Enfin, troisième priorité, l’investissement et les PME. Pour les aider à exister, il faut avant tout un système financier local qui soit honnête et efficace. Dans certains cas, l’efficacité, notamment vis-à-vis des plus petites structures – expérimentalement dans les pays industrialisés – passe par la mise en place de fonds de garantie qui permettent de remédier à un certain nombre d’inconvénients : il y a là toute une série de voies qui ont été développées et qui méritent d’être explorées. Le partenariat public-privé est apparu incontestablement comme l’un des moyens importants de développement.

Sur la question du retour sur investissement : aujourd’hui’hui le coût du capital en Afrique est sans commune mesure avec le coût du capital dans la plupart des pays d’Asie, a fortiori de l’Europe et des Etats-Unis. Abaisser ce coût du capital est donc un objectif essentiel. Paradoxe : les banques sont en surliquidite et très peu spécialisées dans les secteurs vitaux de l’économie.

Que faire ?

Choisir ses partenariats

L’Afrique est riche de partenaires qui s’intéressent à elle aujourd’hui. Cette multiplicité de partenaires est extrêmement intéressante et porteuse pour l’avenir. Pour autant, ces nouveaux prétendants sont, tout comme les anciens, des partenaires qu’il faut regarder avec un esprit critique, qu’il s’agisse de ceux du secteur privé, en particulier les religions et les grandes entreprises multinationales, ou des Etats. L’Afrique doit faire son tri.

L’importance du politique

Ce dont l’Afrique a besoin, fondamentalement, c’est de la démocratie, dans ce que la démocratie a d’Etat de droit, d’Etat de défense des droits fondamentaux de l’homme, d’Etat de transparence, notamment avec la presse, et enfin de sécurité. C’est un ensemble très précis, qui a été recensé d’ailleurs dans plusieurs travaux de la Banque Mondiale et sur lesquels l’Afrique devrait se pencher par priorité.

En revanche, les débats ont montré que la question démocratique – au sens démocratie occidentale du terme – est une question qui n’est pas bien adaptée à la solution des problèmes africains : il appartient donc aux Africains de définir eux-mêmes ce qu’ils appellent une démocratie.

Une démocratie africaine

Nous sommes après tout dans une période dans laquelle la conception que l’on peut avoir de la démocratie dans le monde occidental d’une part – aux Etats-Unis, en Europe, et dans une partie de l’Amérique latine – et en Chine, au Japon ou en Inde d’autre part – n’est pas tout à fait la même chose. Donc pourquoi pas une démocratie africaine ? En tout état de cause, cette idée semble être chère aux Africains et personne d’autre qu’eux n’a à définir leur mode de fonctionnement démocratique.

Dans le domaine politique, l’une des questions importantes est celle de la gouvernance. C’est un domaine dans lequel le secteur privé peut apporter beaucoup au monde politique, parce que l’enjeu de la gouvernance en vue de l’efficacité est une question qui y est posée de longue date. Les Etats, par nature, ont du mal à la traiter : adapter rapidement un système constitutionnel est impossible, alors que les statuts des entreprises peuvent être changés assez facilement.

La question du leadership

La question du leadership est importante, néanmoins on aurait tort d’exagérer cette importance. Les équipes comptent davantage que les hommes pris individuellement, et trop de leadership risque de conduire à des situations monarchiques un peu contestables.

Y a-t-il une vision pour l’Afrique ?

Où tout ceci nous conduit-il ? Certaines questions apparaissent essentielles.

Tout d’abord la question du temps : nous n’avons pas de temps. A la vitesse à laquelle le monde bouge actuellement, il n’y a pas de délai possible pour s’adapter. C’est maintenant ou trop tard.

Sur le fond, deux questions doivent être posées.

Premièrement, y a-t-il une vision pour l’Afrique ? Aujourd’hui, nulle part dans le monde, personne ne peut avancer sans avoir une vision à moyen et long terme. Cette vision ne peut être qu’une vision régionale. L’unité de mesure évoquée est de 500 millions d’habitants. C’est la taille de l’Europe. L’Afrique vaut deux fois cela.

Cela veut dire que l’Afrique doit absolument avancer, sur le plan politique, dans une direction qui lui permette d’exister en tant qu’ensemble.

C’est également son intérêt sur le plan de la compétition économique, sinon les Etats africains se verront opposer les uns aux autres par l’économie de marché, qui essaiera de tirer à elle leurs ressources minières et pétrolières, dans des conditions dans lesquelles ils résisteront moins bien.

La deuxième question politique est celle de l’Utilité de l’Union Africaine. Cet ogre qui vampirise les ressources financières et ne recrache que lâcheté désolation et honte toute bue.

Il faut constater son échec, la réduire politiquement et budgetairement a la coquille vide qu’elle est et retourner aux grands ensembles politico-économiques qui fonctionnent mieux. Il n’est plus acceptable que le Benin jette 7 milliards de CFA dans les caisses de cette coterie superficielle au détriment des urgences de la jeunesse : santé, éducation, technologies, emploi etc.

Lionel Kpenou Chobli

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