Bénin : la Refondation ou la Renaissance du Changement ?


            Elles étaient annoncées pour être physiques, sismiques et cataclysmiques. Elles devaient être le test de vérité pour le modèle démocratique, politique et social béninois. Au fétichisme des politiciens, aux allégories des supporteurs zélés, répondaient les fantasmagories de la presse et les lubies des électeurs. Elles, se sont bien entendu les élections présidentielles et législatives de Mars/Avril 2011. Ce choc des titans annoncé entre la mouvance présidentielle et la vieille classe politique ou entre les partis politiques traditionnels et les néo-prédateurs selon le camp dans lequel l’on se situait. C’était le choix surtout pour les béninois entre deux visions de la politique et de l’état. L’une qui pense que le volontarisme seul peut tout et excuse tout et que l’Etat c’est avant tout la puissance. L’autre qui affirmait un certain primat de l’expérience et du consensus (même mou) et qui voyait en l’Etat, le lieu et l’outil du partage dans tous ses sens subtropicaux. Cet antagonisme, on pourrait même aller le chercher jusque dans les dénominations des structures politiques qui s’affrontaient : FORCE contre UNION avec en filigrane la troisième voie, la COALITION qui se voulait une union des forces ou une force de l’union.

Mais en définitive, qu’avons-nous fait de Mars 2011, de cet épisode ô combien clivant dans les chaumières, dans les hameaux, dans les marchés, dans les bureaux et même au temple de la souveraineté du peuple : à l’assemblée nationale ?

A notre humble avis et sans ressusciter débats et polémiques, l’on peut relever 5 éléments que, de la base au sommet, nous pourrions méditer durant les 2 années relativement apaisées (car sans joutes électorales jusqu’aux Locales de 2013) qui s’offrent à nous. N’en déplaise aux compatriotes contempteurs par habitude des analyses, idées et suggestions et détecteurs spécialisés de donneurs de leçons et d’aventuriers politiques.

1-La Paix au Bénin : c’était et cela reste la préoccupation majeure du citoyen béninois. Coincés séculairement entre un Nigéria faible de ses antagonismes ethno-religieux et un Togo en rémission d’une dictature psychologiquement ruineuse et humainement cassante, les béninois ont fait le pari de la paix à tout prix. Dialogue, tolérance et paix devrions-nous dire, si nous nous référons à la Conférence Nationale fondatrice de notre système politique et de notre système de valeurs républicaines. Seulement, nous devons nous interroger, à l’aune des évènements vécus en 2011, si nous n’avons pas abandonné le dialogue et la tolérance et si nous n’empoisonnons pas à petites doses notre paix tant choyée. La paix en effet peut-elle se passer de reposer sur la Justice ?

Nos élections, sans polémique aucune ont-elles été vraiment justes ? Justes dans la préparation ? Justes dans la participation ? Justes dans la gestion et justes dans les résultats ? Je ne me permettrais pas de donner pour tous une réponse. Mais je crois que nous n’avancerons pas en surfant sur l’incompréhension et la frustration de franges entières de la population.

Car même si le processus devait être considéré comme juste de bout en bout, alors il a été négativement mis en scène, négativement exécuté et doté d’une communication qui faisait le lit du sentiment d’injustice. Les forts soupçons d’impartialité ont été renforcés pendant et même céans par des comportements de nature à troubler la confiance des béninois en leurs institutions, ces institutions crées pour transcender les clivages et sublimer les individualismes au profit du bien être collectif. Nous devons réfléchir à cela : quelle Paix voulons-nous au Bénin ? Celle basée sur la façade, les masques et les récriminations étouffées ou l’autre, durable et vivifiante qui trouverait sa source dans la clarté, la tolérance et l’ambition collective d’être toujours une seule nation, un seul peuple et un seul avenir. Je n’ai pas aimé Porto-Novo, la belle endormie, boudant le Président Yayi le jour de son investiture. Je l’ai comparée à Porto-Novo, l’ambitieuse humiliée de 2006 qui avait accueilli le vainqueur de son graal avec faste et dignité.

2-La LEPI : Notre honte et notre faillite collective, au-delà de tout ce que chacun de nous pourra dire pour se disculper. Voilà un projet collectif, un outil de modernisation pure et simple de la relation administration-usager que nous avons échoué à implémenter avec efficacité. Tous coupables dirions-nous puisqu’à l’aube du scrutin, nul ne connaissait le nombre exact d’inscrits. Le Bénin venait d’inventer l’élection sans liste électorale. Et là encore il s’agit moins de politique que de logique : nul, ni gouvernement, ni parlement, ni CENA, ni Cour Constitutionnelle, ni CPS/LEPI, ni société civile ni partenaires au développement n’ont pu fournir au plus tard le 11 Mars 2011, des chiffres définitifs sur la LEPI. C’est le seul résultat que l’histoire retiendra de ces longs mois de tribulations parfois infantilisantes pour l’intelligence collective comme le signalait si bien l’Abbé Alphonse Quenum dans sa saillie postélectorale. Les élections passées, le climat relativement apaisé, il est impérieux que toutes les institutions engagées dans le processus, procèdent à un audit technique mais également organisationnel et financier du projet LEPI afin que puissent être situées les responsabilités et effectués les aménagements nécessaires d’ici aux prochaines élections. Je renvoie d’ailleurs aux propositions faites depuis 2009 : profiter des locales et de leur ancrage à la base pour réviser la LEPI village par village, quartier par quartier.

3-Notre relation à la politique. Sur le sujet je serais bref mais précis. Quand aurons-nous une véritable conviction politique ? Quand formerons-nous des partis nationaux dotés d’une boussole idéologique et d’un aiguillon stratégique ? La politique, j’en suis convaincu, conditionne le développement des pays comme le nôtre. Quoi qu’on lui reproche, nous avons besoin de politique et peut être que plus que jamais, la politique a besoin de nous. Il fût des périodes (1946-1963, 1989-2001) ou c’était particulièrement noble de faire de la politique et glorifiant de dire son appartenance à telle ou telle formation. Qui n’a pas admiré, même leurs adversaires les plus farouches, la formidable résistance de la RB après sa défaite de 1996, résistance matérialisée par un retour rugissant aux Législatives 1999 et une cohabitation de fait imposée au régime Kérékou ?

Nos leaders politiques doivent tirer de ces élections une leçon : ils ne pourront pas éternellement se nourrir de transhumants et devraient renouveler sensiblement l’organisation et le personnel de leurs formations politiques car le Bénin est bien plus coloré qu’il y a 10 ans. Nous devons également, jeunes, femmes, citoyens de base, oser l’engagement politique sans vouloir brûler les étapes. En attendant, les hommes polis tiquent. Tout d’abord parce que les absents ont toujours tort, mais au surplus, pour échapper à la critique (facile mais factuelle) qui recommande de venir mettre la main dans le cambouis pour savoir si la température y est chaude ou glaciale et moduler la fréquence et la substance de nos récriminations.

4-La Refondation. J’en ai entendu parler pour la première fois à travers notre compatriote Aimé DAFON SEGLA et son groupe Bénin Refondation. Il prônait une refondation de la nation béninoise dans les domaines de la politique, de l’économie, des valeurs sociales, de la culture, des mentalités. Le 4 Mars 2011 sur l’antenne de RFI, le candidat Boni Yayi disait ceci : « Nous avons perdu l’éthique et les repères et il faut aller à la Refondation de notre république ». Je partage parfaitement les deux visions de la Refondation. Dans le cas de mon aîné SEGLA, je perçois la déception après 50 ans de tâtonnements et l’espérance d’une république plus ordonnée pour être plus efficace. Des propos du président Yayi, j’ose voir une forme d’autocritique poussée dans la mesure où lui qui comptait appliquer le Changement au système établi, 5 ans après, propose carrément de refonder le dit système sur de nouveaux préceptes avant toute réalisation durable. Bénin soit le Seigneur ai-je envie de dire. Le citoyen comme le dirigeant ont compris que le système touche à sa fin, que l’érosion est avancée et que l’écume des vagues nous chatouille déjà à mi-cuisse.

Ceci dit, la Refondation qui est souhaitable, c’est une recomposition de la base vers le sommet, c’est une nouvelle éducation pour nos enfants, une nouvelle vision pour notre état, une modernisation de notre administration, le désengorgement et la démocratisation de notre économie, l’accompagnement au changement social positif dans notre société. La Refondation que nous voulons, c’est la responsabilisation croissante de nos collectivités locales à travers la mise à disposition de personnel qualifié et le transfert de ressources, afin qu’elles deviennent le bras opérationnel de l’état, l’agent premier du développement. L’administration centrale pourra alors se préoccuper mieux des grands équilibres, des grands projets, de la collecte de l’impôt (grand défi pour nos nations), bref de la vision et des opérations stratégiques. Nous ne disons pas non à la Refondation, nous disons oui mais. Qu’elle ne soit pas otage des politiques, qu’elle ne soit pas achalandage de foras et de colloques, qu’elle soit visionnaire et prospective afin que la Jeunesse en soit le grand bénéficiaire.

C’est en cela que nous disons que la Refondation puis être une Renaissance du Changement : qu’il nous souvienne en effet qu’à l’aube du Changement était la Renaissance du Bénin puisque le Président Soglo fût le guide spirituel de Boni Yayi. Boni Yayi se réclamant lui-même « 3ème fils de Maman ». Remémorons-nous qu’en sa qualité de pivot de l’alliance WOLOGUEDE, la RB a pesé tout son poids pour l’option Yayi plutôt que celle Houngbédji en 2006. Le glissement nouveau de ce parti vers la main tendue, ouvre peut être la perspective de réformes plus larges. Il offrira en tout cas, l’opportunité d’une clarification majorité/opposition que doivent saisir également les groupes Union fait la Nation et les partisans d’Abdoulaye Bio Tchané. Si Boni Yayi lui-même reconnait n’avoir pas pu ouvrir la valise de la prospérité, c’est peut être simplement parce que le Bénin n’est pas une valise à une clé, mais un de ces modèles sophistiqués à combinaison. Il faut donc associer et s’associer pour déboucher le lierre et accéder à l’ivresse. Qui dit Refondation dit Réformes et certainement Révision de la Constitution. Toutes les forces politiques ont leur rôle à jouer, et une opposition organisée et constructive tout en restant déterminée va peser numériquement à l’Assemblée et valablement dans l’opinion pour peu qu’elle se dote d’une méthode d’intervention et d’une stratégie de communication en phase avec le peuple. En 2016, on saura inéluctablement si seul ou en bande, le Changement est un échec ou si les Renaissants lui ont inculqué la dose de sérum nécessaire au sursaut refondateur pour la Nation et salvateur pour le bilan de Boni Yayi.

5- Mon dernier point repose sur cette citation de Churchill : « Si vous ne faites pas la politique, elle vous fait ». Sortons chers amis du « à vous l’odeur, à nous le goût » que nous pensons imposé par la classe politique et engageons-nous côte-à-côte pour des causes d’avenir. Pour ma part ce sera un engagement citoyen de contrôle de l’action publique fait de rencontres à la base et de propositions aux dirigeants, de façon encore plus marquée. C’est le terrain qui commande les solutions.

Lionel Kpenou-Chobli

https://lionelchobli.wordpress.com

Bénin : la Refondation ou la Renaissance du Changement ?

4 réflexions sur “Bénin : la Refondation ou la Renaissance du Changement ?

  1. gnyz cyr dit :

    c’est bien la première fois que je lis un « papier de qualité » de la presse béninoise.
    c’est en soi déjà une refondation !
    bravo

  2. Michoagan dit :

    Réflexion linéaire et très millimétrée. Quel raisonnement! Sauf preuve du contraire, je doute que cela soit l’oeuvre d’un « journaliste ». Lionel Kpenou-Chobli, je n’en ai pas connaissance dans les « journaux » béninois. C’est intellectuel. Il me fera plaisir de vous lire bien plus souvent. Mais de grâce, dans ce même état d’esprit où c’est la logique, l’objectivité et la rigueur qui parle. Dans le cas contraire, je fermerai la page avant d’entamer la deuxième phrase. J’ai lu pour quelque chose aujourd’hui. Merci pour la classe et la clarté du texte.

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